Arts & cultures/Théâtre & spectacles

La Tempête, quand la Comédie Française fait naufrage

E.C ∣ Après que son frère lui ait usurpé le titre de duc de Milan, Prospero et sa fille Miranda son exilés. Ils trouvent refuge sur une île déserte avec pour seuls compagnons Caliban, un aborigène que Prospero asservit, et Ariel, un esprit qui provoque un naufrage au commencement de l’intrigue. Le roi de Naples, son fils et le frère de Prospero font alors naufrage sur l’île et la confrontation s’avère inévitable. Prospero pourra ainsi faire face à l’usurpateur alors que Miranda s’éprend de Ferdinand, héritier du trône de Naples. Du 9 décembre 2017 au 21 mai 2018, la salle Richelieu de la Comédie Française nous présente cette œuvre mêlant réalité et fantastique, où les esprits servent les hommes et déchaînent les tempêtes sur fond de querelles politiques et de romances innocentes.

La représentation, à la découverte de l’espace mental de Prospero

La proposition scénique de la Comédie Française était pourtant intéressante et prometteuse : mêler l’œuvre de Shakespeare, où le surnaturel est incarné par le personnage d’Ariel, aux espaces mentaux, modernes et très prisés par les metteurs en scène contemporains semblait être le moyen idéal de donner un second souffle à ce texte novateur d’un autre temps. En effet, cet espace privé de réalisme permet au spectateur de considérer comme acquis le fait que toute action ne le sera pas. Ainsi ce parti pris nous évite-t-il d’être perturbés lorsqu’Ariel use de pouvoirs surnaturels pour endormir les naufragés. Par ailleurs, cet espace mental n’est pas exclusif et laisse une part de réalisme qui n’exclut pas la modernité. Ainsi pour représenter la plage projette-t-on un rivage en fond de scène et l’utilisation d’images filmées apporte une note technologique appréciable.

La boîte scénique où évoluent les comédiens est très épurée, ce qui crée une atmosphère apaisante et sereine particulièrement appréciable. Tous les éléments semblent être rassemblés pour offrir à l’œuvre Shakespearienne le second souffle à laquelle sa modernité aspire : aux procédés contemporains s’ajoutent des comédiens de renom, notamment Michel Vuillermoz qui interprète le rôle-titre avec justesse et charisme, mais aussi le trio composé de Caliban, du bouffon et de Stéphano qui apporte une touche comique à la représentation. Cependant la Comédie Française n’a pas su mettre l’œuvre à son avantage en raison d’un élément essentiel qui lui fait défaut.

En effet, la pièce manque cruellement de rythme. Les scènes se succèdent avec lenteur et les longueurs se multiplient. Certes, la représentation d’un espace mental semble condamner à cet écueil, mais certaines auraient pourtant pu être évitées, notamment avec les confrontations qui auraient sans doute pu être plus virulentes. La pièce s’engouffre dans une langueur dont seul le trio burlesque parvient à l’extirper durant de rares scènes comiques avant de replonger. En s’attaquant à La Tempête, la Comédie Française boit la tasse…

La représentation reste toutefois appréciable pour les amateurs de scénographie, les différents décors proposés étant tous à la hauteur des moyens de la célèbre institution.

 

Des places sont encore disponibles à partir de 16€ jusqu’en mai prochain sur le site de la Comédie Française : https://billetterie.comedie-francaise.fr/node/27017

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