La Prison

Albien Gakegni | On a aujourd’hui une conception figée de la prison : c’est l’incarcération et la privation de liberté. C’est certainement la raison pour laquelle, en tant que défenseur des valeurs de la liberté Victor Hugo écrivait ceci : « Ouvrez des écoles et vous fermerez des prisons ». Les propos de Victor Hugo ont eu leur effet sur les procédures étatiques : plus d’écoles et moins de personnes maladroites. Au point même de faire de l’instruction une obsession pour les uns et une passion pour les autres. Mais, cette recommandation était-elle sans abus ? Devrions-nous dire qu’Hugo avait complètement raison ?


Trop souvent, on ne perçoit cela que de manière physique, puisque dans la représentation des faits, la prison se donne à comprendre sous un seul angle. Or, ce serait avoir une vision unilatérale de la réalité et ignorer totalement ce que représente un emprisonnement socio-psychologique par exemple, qui est encore plus fréquent et plus vécu par les individus. Et c’est un enfermement de masse : une prison de collectivité sous le signe de l’instruction ou de l’éducation. On pourrait prendre comme exemple l’entreprise coloniale en Afrique ; caractérisée notamment par une rétention de la pensée noire traditionnelle pour lui substituer une place dans une école de savoir moderne, qui au fond, n’est qu’une véritable prison. Les africains sont désormais appréhendés, gérés, à l’image de celui qui se trouve dans une cellule appartenant à une personne qui en connaît toutes les issues.


L’assignation culturelle, l’attribution identitaire, les définitions et l’Histoire conçue comme telle, une réalité non changeable, représentent des zones d’enfermement des individus. Ce sont entre autres des sortes de prison qui ne disent leurs noms. Les choses qui nous hantent relèvent bien souvent d’une manipulation psychologique, destinée à nous enfermer dans quelque chose ; quand bien même nous ne serions capables de nous identifier par cela. Car si la prison, un lieu de détention, est l’espace et l’instant imposés à l’individu comme un devoir pour le corriger, pour l’éduquer, et le temps qui lui est accordé pour réaliser sa nature indisciplinée, l’Histoire n’est-elle pas un temps de prise de conscience de ce qu’est une société ? Nous raconter notre origine, notre passé et notre réalité que nous serions censés ignorer, n’est-ce pas un moyen de nous emprisonner ?

 


Crédits photo : « Proche en prison : obtenir un permis de visite », chapelleavocat.com

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