Yandra Mawé, six ans et militante

Cholé RANSOU │Six ans, pas toutes ses dents, et pourtant Yandra Mawé est déjà une porte-parole de la défense des peuples autochtones et de la forêt amazonienne.

Originaire du peuple Sateré-Mawé, qui vit au cœur de l’Amazonie sur la terre d’Andira-Marau, Yandra partage via ses réseaux sociaux les traditions, les connaissances et l’amour de la terre de son peuple. Ce qui avait débuté par quelques vidéos sur son compte s’est transformé en voix majeure du combat des peuples indigènes et de la protection de la nature, avec plus de 700 000 abonnés sur Instagram.

instragram @yandramawe

La jeune fille explique la signification de ses tatouages en fruit de jagua, présente ses animaux de compagnie de la grenouille à l’iguane, fait découvrir des recettes traditionnelles comme le caldeirada de pacu ou des techniques telles que la manière de manger une fourmi tanajura. Elle partage avec fraîcheur et innocence son mode de vie insolite au cœur de la forêt amazonienne.

Sa tribu est d’abord connue pour avoir inventé des techniques de domestication animale et de culture de la plante énergisante « Warana », massivement utilisée aujourd’hui dans l’industrie de boissons énergisante. Ils sont environ 23 000 à vivre en Amazonie et, comme beaucoup de peuples autochtones, voient leur survie étroitement liée à celle de la forêt. Bien que la déforestation soit, en 2025, en recul de 20% par rapport à 2024, les terres indigènes sont toujours menacées par l’agro-industrie selon l’étude de l’ONG environnementale Imazon parue le 26 janvier 2026. En effet, comme l’explique Yandra dans une conférence de l’UNICEF à Belém, la dégradation de leurs lieux de vie entraîne en premier lieu la disparition de la faune et de la flore locale, puis de la leur. Sans terres, détruites par les incendies de déforestation, les Sateré-Mawé et autres tribus ne peuvent s’établir ni pratiquer leurs coutumes. Une note d’espoir est tout de même apportée par le gouvernement de Luiz Inacio Lula da Silva, investi en 2023, et ses politiques environnementales. La création d’un ministère des peuples indigènes, confié à la militante autochtones Sonia Guajajara, permet également d’être optimiste quant à la protection des populations autochtones et de leurs coutumes.

Le partage de sa culture est donc un moyen pour Yandra Mawé de sensibiliser le monde sur la précarité des tribus indigènes brésiliennes. Elle a réussi à toucher une large audience et à conscientiser un grand nombre de personnes. Son militantisme est remonté jusqu’au gouvernement du Brésil et notamment jusqu’au ministre de l’Éducation, Camilo Santana. Après une vidéo devenue virale où la jeune fille expliquait la nécessité d’une école respectant la culture sateré-mawé, ce dernier s’est engagé pour la construction d’une école pour les enfants locaux et qui assure la transmission de la bi-culturalité et du bilinguisme : le portugais et le macro-tupi. Une église réaménagée accueille aujourd’hui une vingtaine d’élèves et suit un programme scolaire qui concilie les critères nationaux avec la culture et la tradition des Sateré-Mawé.

Yandra est régulièrement interviewée par des journalistes brésiliens et internationaux. À leurs micros, elle défend, du haut de ses six ans, la préservation de ses coutumes et de la nature qui lui sert de maison avec force. Elle se mobilise également dans la défense des droits des femmes autochtones. Elle touche les cœurs par son jeune âge et les esprits par la justesse de son combat.

instragram @yandramawe

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