Margot DELPRAT|Inégalités sociales, divertissement de masse et influence des médias : presque vingt ans après la parution du premier Hunger Games, l’univers imaginé par Suzannes Collins continue de faire écho à certaines réalités de la société états-unienne.

Une société marquée par les inégalités.
L’histoire des Hunger Games se déroule à Panem, un État ayant remplacé les États-Unis détruits après des guerres et des catastrophes. La société est divisée en 13 districts, rappelant les 13 colonies britanniques qui ont formé les États-Unis. Les districts, soumis à l’autorité du Capitole, sont très inégalitaires. Les habitants du district 1, spécialisé dans la production de produits de luxe, bénéficient d’un certain confort ; à l’inverse, ceux du district 12, spécialisé dans l’extraction de charbon, vivent dans la misère. Les États-Unis connaissent également d’importantes inégalités entre les différents États. D’après le Bureau de recensement états-unien, en 2024, 18,7% de la population de Louisiane vivait sous le seuil de pauvreté, contre seulement 7,2% dans le New Hampshire, illustrant un écart considérable.
Le divertissement comme outil de manipulation.
Chaque année, le Capitole organise les Hunger Games, un jeu dans lequel des adolescents tirés au sort dans chaque district doivent s’affronter à mort. Donald Trump a également imaginé ses propres jeux : les Patriot Games. Organisée pour le 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis, cette compétition réunit un garçon et une fille de chaque État, un parallèle avec les Hunger Games qui a suscité de nombreuses réactions. Le démocrate Gavin Newsom a notamment réagi sur X (anciennement Twitter) en reprenant la célèbre réplique de Hunger Games : « May the odds be ever in your favor », traduite en français par « Puisse le sort vous être favorable ». Bien que les Patriot Games ne constituent pas un combat à mort, ils participent à une forme de divertissement de masse qui peut détourner l’attention de problèmes politiques ou sociaux. Cela fait écho à la locution latine « panem et circenses » (« du pain et des jeux »), qui signifie que tant que le pouvoir nourrit et divertit le peuple, il ne se rebellera pas.
Le pouvoir des médias.
Le personnage principal de Hunger Games est Katniss Everdeen, une adolescente qui, par la médiatisation de ses actes de résistance, devient le symbole de la révolte. L’utilisation de la visibilité médiatique comme moyen de contestation se retrouve également aux États-Unis, où certaines personnalités mettent leur notoriété aux services de revendications politiques et sociales. C’était notamment le cas du rappeur Kendrick Lamar lors de sa performance au Super Bowl 2025. Au début de sa prestation, il déclare : “ The revolution is about to be televised. You pick the right time but the wrong guy”. Il chante ensuite entouré d’une troupe de danseurs cosmopolites formant une représentation du drapeau états-unien afin de montrer à Donald Trump que la diversité est la plus grande force des États-Unis.
Ainsi, Hunger Games, comme de nombreuses dystopies, ne se limite pas à la fiction : l’œuvre reflète certaines réalités de nos sociétés et nous invite à les questionner.
En France, en octobre 2026, certains internautes ont également fait le rapprochement entre l’univers de Hunger Games et l’actualité, lorsque la Fashion Week s’est tenue en parallèle des manifestations lycéennes, soulignant le contraste entre une élite déconnectée et le reste de la population, à l’image du Capitole et des districts.
