Atelier créatif étudiant/Vos textes

Les hommes nus

A.M., le 5/07/12

Les hommes changent, de vêtements, de coiffure, de gestuelle. Les hommes nus ne changent pas. Eux pourrissent, s’amollissent, dépérissent. Leur corps devient un amas de chairs flasques, d’autant plus vides et adipeuses que leur esprit oublie. Un homme nu, dans toutes les situations, reste un animal sans défense et perdu, un enfant traumatisé toujours trop précocement séparé de sa mère et trop tardivement rapproché de son père. Conquérir leur puissance en prenant l’ascendant sur une femme est la seule solution trouvée pour taire l’opulence de leur faiblesse. L’égalité des sexes n’existe pas, la preuve en est la nudité : les hommes nus sont soit enfantins soit vieillards prêts à mourir. La nudité révèle la femme quand s’écrase l’homme, la prise de pouvoir passe par la prise de conscience du potentiel dévasté de la nudité masculine. C’est parce que les hommes font tout pour cacher leur déficience qu’une femme ressent une impression de force, de domination. Une femme nue enfante, belle ou laide, choquante ou attirante ; l’homme nu se branle, triste et drôle, faible et vulgaire. Sa représentation a été divinisée, sculptée dans le marbre pour faire oublier la misère d’un sexe pendu dont la mollesse rappelle l’impuissance et l’érection la solitude. Faire oublier un corps toujours seul qui ne connaitra jamais le bénéfice de se partager, de donner autrement qu’en s’introduisant partout où il peut. Crever nu est la phobie de tous les hommes, exposés au monde dans leur plus grande détresse, ils ont l’air de n’avoir rien accompli, pas même de mourir dignement.

Lucian Freud

4 réflexions sur “Les hommes nus

  1. Perception hétérocentrée archaïque où le seul corps objet de désir est le corps féminin, donc le seul digne d’intérêt. Tout corps est beau, et puissant à sa manière, flasque ou musculeux, jeune ou vieux, homme ou femme. L’art a moins montré l’homme, ou uniquement selon les perceptions que tu décris, car il a longtemps été presque exclusivement masculin. Mais j’ose croire qu’à notre siècle les mentalités s’ouvrent, et l’esthétique avec…

  2. Justement, il me semble que le texte déplace la perspective, et le regard, il parle du corps des hommes, produit une description depréciative certes mais non sans beauté. Si le corps de la femme a souffert de son objectivation à force d’être regardé, celui de l’homme a peut-être souffert de la privation de regard que ce dernier lui a lui-même infligé (ou : quand l' »hétérocentrisme archaïque » se mord la queue).

  3. Je suis bien d’accord ! Et ne dis d’ailleurs pas le contraire. Mon commentaire ne se voulait que ceci : un commentaire sur les perceptions décrites par le texte et non une critique du texte lui-même. La formulation peut sembler agressive, mais ne cherche pas à l’être 🙂

  4. Pingback: Enfin, des phallus ! | Nouvelles Vagues

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