Arts & cultures/Cinéma & films

La valeur du cœur et le prix du corps.

Guillaume Collet, le 25/01/12

Amour Paradis
De Ulrich Seidl
Avec Margarete Tiesel, Peter Kazungu,


Paradisamour4

S’il est bien question d’amour dans ce film, c’est d’un amour absent, que l’on cherche à travers les étreintes marchandées. Quant au cadre, si ce Kenya de cartes postales peut ressembler à un eden il est un purgatoire des sentiments. Ici, la « sauvagerie » toute attentionnée des jeunes hommes du pays se marchande pour le plaisir d’européennes en mal d’amour.

Le réalisateur choisit de suivre l’une d’entres elles, Teresa, quinquagénaire à la sensualité envahissante qui sous son corps transpirant cache un cœur mourant. Elle promène ses envies, ses déceptions, sur les formes vigoureuses de kenyans au compliment et à l’amour rapide.
En Swahili ou en Autrichien, la langue est là pour tromper, on n’est d’accord que sur les mensonges. Si les rencontres se font, Teresa n’est pas prête pour ce commerce.

Le spectateur ne peut que deviner les leçons d’un tel film, l’amour ne s’achète pas, et l’on devine aisément les désillusions que vont rencontrer ces femmes d’un âge certain.
Pas de sentiments dans la transaction des corps. Ainsi l’originalité et la force du film tient dans son style, à la fois élégant et frontal pour traiter ce sujet de société. Bien plus dérangeant qu’un Shame de steev Mc queen ou encore L’Apollonide – Souvenir d’une maison close de Bertrand Bonello. Ce petit film sous ses airs de documentaire nous interpelle par son sujet, nous dérange par sa crudité. Les plans soignés, le jeu réaliste, participent à une immersion totale qui donne l’impression de vivre l’expérience au côté de Teresa, avec ses doutes, ses incompréhensions, son excitation.
On est gêné par le discours condescendant post-colonialiste de ces femmes devant ces hommes noirs qu’elles traitent en marchandise, dont elles exigent, gentillesse, performance, tendresse et sentiment. Mais on ne peut approuver le comportement de ces jeunes hommes donnant aux femmes ce qu’elles veulent en échange de la plus forte somme possible. Certaines scènes frôlent la pornographie.

Amour Paradis est un violent cours d’économie primaire sans illusions ni grandiloquence de la prostitution. Celle-ci est montrée comme le résultat de deux déséquilibres, le manque d’amour de ces femmes, et la misère de ces jeunes hommes.
Il y a des regards, des caresses, mais pas de rencontres, ni plus ni moins qu’un vendeur et un acheteur. Ce qui triomphe, ce qui voyage entre les cultures, c’est l’argent.

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