Atelier créatif étudiant/Vos textes

Le passé en pellicule, c’est la vie en rose

Rachel Wilson, le 04/02/2013

st sulplice paris

Avant mon arrivée à Paris, j’avais beaucoup lu au sujet de cette ville. J’avais découvert les cafés préférés de Sartre et de Beauvoir. J’avais lu un roman de Patrick Modiano dans lequel le protagoniste habitait sur le Boulevard Saint Michel – le boulevard dans lequel j’habite actuellement. Une amie américaine a rêvé de s’asseoir dans un café et d’écrire pendant de nombreuses heures. On avait regardé, bien sûr, « Minuit in Paris », un beau film mais qui est une chanson d’amour aux anciens clichés plutôt qu’au Paris de nos jours.

Je ne suis pas romantique. Je n’avais pas l’espoir de découvrir un Paris magique. Je savais que mon année en France ne serait pas un conte des fées. Je ne m’attendais pas à avoir un ami comme Jean-Luc Godard ou même un expatrié compatriote comme Djuna Barnes. Mais ce qui me frappe toujours, dans le sourire des touristes, ce sont les jeunes filles habillées comme Audrey Hepburn ou Brigitte Bardot, ou des couples américains qui ont l’impression qu’ils sont Jean Paul Belmondo et Jean Seberg sur les Champs-Elysées. La nostalgie est un aspect de la vie moderne de plus en plus saillant.

Paris, bien qu’elle soit une victime du regard rose (il suffit de chercher « Paris » sur Tumblr ou Pinterest pour retrouver des images de la Tour Eiffel en flou artistique), n’est pas la seule chose qui est peinte comme un paradis perdu dans la vie actuelle. Chaque mode, pendant les dix dernières années, ont été au moins inspirées par celle des années 20. Récemment, c’était au tour des années 90 d’être de nouveau sur les pages de Vogue et Jalouse (le dernier étant un magazine qui n’est né que dans ces années-là) – après ça, allons-nous retourner au début, aux années 20 de nouveau? La musique, aussi, s’est s’inspirée des sons des années anciennes ; Lana del Rey évoque l’âge d’or de Hollywood alors que Azealia Banks rend hommage aux années 90. On préfère les photos de nos parents en grain, en noir et blanc, que nos photos numériques. Les films indépendants, avec la bande-son et les costumes rétros, sont considérés plus artistiques, plus culturelles, que les films de Hollywood (« Sur la route », par exemple, nous inspire plus que « Batman » ou « Very Bad Trip »).

Mais pourquoi? Le monde occidental a-t-il épuisé simplement toutes les possibilités culturelles? C’était l’avis du poète T. S. Eliot, qui a emprunté les tropes de la culture de l’orient pour revivre son art. C’était novateur… il y a 90 ans. On penserait que « le futur » nous intéresserait mais la technologie nous ennuie ; Google et Facebook sont utiles mais Instagram est bien plus amusant. Les choses vintages sont simplement plus cool.

En particulier, ce sont les jeunes qui rejettent souvent la vie moderne. Un grand nombre d’ados se tournent vers la musique, la mode ou les films rétros et regardent les époques précédentes comme des âges d’or. Pourquoi les jeunes préfèrent-ils penser au passé qu’à l’avenir? Je ne pourrais pas le certifier mais je peux supposer. On voit que, jadis, les films, les manifestations, la musique, même la mode, avaient le pouvoir de changer la société, les idées reçues. Les voix des jeunes étaient entendues. On pense ne pas pouvoir être le prochain Godard, Lynch ou Tarantino. Comment pourrait-on réaliser d’aussi bons les films qu’eux? On envie même nos parents ; une amie m’a raconté que quand ses parents étudiaient à l’université d’Oxford, il était complètement normal d’aller à des soirées tous seuls – ce n’était pas « uncool » mais normall. Elle enviait un tel manque d’anxiété sociale.

Avec les réseaux sociaux, les jeunes n’imaginent pas un seul instant pouvoir rester seuls. Alors, peut-être que quand on passe tant de temps à lire des articles au sujet du passé ou à penser au passé, on ne réfléchit pas à nos propres vies. On accepte, bien sûr, que le passé n’est pas vraiment meilleur – les filles n’avaient pas le droit de voter, l’homosexualité était illégale, les noirs n’avaient aucuns droits.

Il y a, parmi les jeunes, une crise de confiance. Il est vrai que penser au passé est plus tentant que de penser à l’avenir. Qu’est-ce qui nous attend là? Le chômage, la dette, la chance de stagner dans le même boulot, toujours par crainte que si l’on part, on n’en trouverait pas un autre. La terrible et commerciale invasion de la technologie (Voir « Project Glass : One Day » sur Youtube). Peut-être que la technologie facilite la vie, mais la récession qui nous attend, déprime les jeunes. Avec cette perspective, pas étonnant qu’on crie : vive le passé!

2 réflexions sur “Le passé en pellicule, c’est la vie en rose

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