Arts & cultures/Expositions & musées

Dali, l’homme-caméléon

Justine Le Moult, le 09/02/13

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Dali, l’homme-caméléon.

Exposition Dali au Centre Pompidou, jusqu’au 25 mars 2013.

D’emblée, le ton est donné. On ne pénètre dans le monde de Dali qu’une fois traversé l’œuf géant, motif récurrent de l’artiste, symbole de la renaissance originelle. Ensuite, seulement, IL se révèle à nous…

Dali, l’égocentrique. « Je suis, chaque matin, le premier espagnol qui touche le soleil » : Dali, c’est d’abord cela, cet homme égocentrique, à la moustache et à l’accent inimitables. Cet homme impétueusement catalan, théâtral à l’excès, sans tabou ni ridicule, qui n’hésite pas à se mettre en scène dans ses œuvres, aussi bien picturales (voir ses nombreux autoportraits) que littéraires, et à s’autoproclamer génial, quasi-divin (son fameux Journal d’un génie). Un centre du monde, en somme, autant que la Gare de Perpignan. Un personnage qui s’est savamment construit, se cherchant dans les grands maîtres et les parodiant, usurpateur moqueur : Raphaël (L’Autoportrait au cou raphaélesque peint à 18 ans), L’Angélus de Millet, Vélasquez, Picasso, tous y passent. Un personnage qui s’est très vite trouvé, surtout, dans l’excès, le fantasque et la démesure. Dali, c’est tout, c’est l’hyperbole allégorisée.

Dali, le Grand paranoïaque. Ce qui semble très vite fasciner l’artiste, c’est la réversibilité des choses, comme l’illustre Oiseau…poisson, œuvre à deux faces, hautement énigmatique. L’univers lui (nous) apparaît comme tout et son contraire, pile et face, l’endroit et l’envers du miroir. Tout n’est qu’illusion, apparence, il faut savoir voir au-delà, décrypter ce qui est caché (c’est l’interprétation délirante de l’Angélus de Millet). L’œuvre de Dali nous apparaît comme un délire généralisé, où les certitudes éclatent et implosent dans des formes hallucinées, torturées, dans des paysages aussi désertiques que vides de sens, aux silhouettes lointaines, ou inhumaines ; monde de la rêverie et de la fantaisie, du miniature allié au gigantisme, règne du mou et du comestible. Des « image[s] mediumnique[s]-paranoïaque[s] », pour paraphraser le maître. Un onirisme fascinant tout autant que terrifiant, dans l’osmose envoûtante mais morbide entre machinisme et biologique : des bouts de corps éclatés, sanguinolents se mêlent au fer froid des métaux, comme si l’artiste était mu par la fameuse pulsion de mort freudienne.

Dali, le Grand masturbateur. Mais les théories freudiennes partout se cachent et se découvrent dans cette œuvre prolifique et passionnément riche : thèmes omniprésents du rêve, de la mémoire, et surtout, du sexe. En effet, on déniche, éparpillées ça-et-là, des œuvres à caractère explicitement pornographiques : Paul et Gala, série de croquis digne d’illustrer un kama-sutra, ou du moins évocatrices : Le grand Masturbateur, Le spectre du sex-appeal , le collage pseudo-scientifique Le phénomène de l’extase. Dali révèle ici tout son potentiel provocateur : ne passez pas à côté d’ Hitler se masturbant !

Dali, L’énigme sans fin. Voilà, Dali, c’est cela, en définitive : un touche-à-tout hyperactif (peintre, écrivain, dessinateur, photographe à ses heures et cinéaste déçu… dommage, on aurait aimé un Hitchcock à la sauce Dali, alléchant projet sans suite de Spellbound), à l’œuvre aussi immense et variée que le personnage : peintures, dessins, collages, sculptures, mais aussi happenings, performances et œuvres en relief. Un esprit libre, adepte de l’expérimentation (des matières comme des sujets), de la déformation et de la transgression, qui n’hésita pas à rédiger The Declaration of the Independence of the Imagination and of the Rights of Man to His Own Madness, en digne héritier d’Erasme. Un homme éminemment moderne, et pourtant bien de son temps, se faisant l’écho des découvertes scientifiques de l’époque qui remettaient en cause le rapport à l’espace, à la matière et au réel. Un homme somme toute complexe, énigmatique, et pourtant si simple, aimant à « manger des sardines grillées et [s]e promener avec Gala le long de la plage, le soir tombant ».

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