Arts & cultures/Cinéma & films

Möbius

Annabelle Dufraigne, le 04/03/2013Image

Möbius, sorti le 27 février 2013

Réalisé par Eric Rochant, avec Jean Dujardin, Cécile de France, Tim Roth

Avec une telle distribution, on espérait un bon thriller français. Hélas, ce film reste correct sans approcher l’extraordinaire. Une déception avoisinant celle du mauvais policier Les Lyonnais d’Olivier Marchal.

Alice (Cécile de France) est une talentueuse trader franco-américaine. Elle est choisie comme espionne d’un magnat de la finance moscovite (Tim Roth) par l’équipe des services secrets de Grégory Lioubov (Jean Dujardin).  Lioubov n’a pas confiance en elle et la fait suivre pendant ses missions. Un soir, il va lui-même l’épier dans une boîte de nuit monégasque. Dans ce genre de pratiques, « le faux-pas est interdit ». Pourtant, la magie opère et les deux agents vivent un véritable coup de foudre. Cette liaison ardente mais pernicieuse les mène tous deux à la désillusion.

Eric Brochant manipule le suspense, les affaires secrètes et l’amour entre Monaco, New York et Moscou. L’aboutissement s’apparente plus à un imbroglio qu’à une savante combinaison. Pourtant, tout y est : la CIA, le FSB, le sexe et l’argent. Tout cela fait sans doute trop, justement. Les américains obèses fument de gros cigares. Les russes boivent la vodka au soleil sur un luxueux yacht. Il en est d’autres encore, de ces stéréotypes qui rendent le film aussitôt fade : la bande-son « spéciale suspense », le rythme typique d’un thriller, le voyou russe au tatouage morbide sur la poitrine… Tout ce à quoi on s’attend, en fait. Par-dessus ce schéma classique se greffe un scénario alambiqué aux situations confuses et aux rebondissements complexes. Le tout est donc assez indigeste.

Ce qui sauve le film, c’est la romance. Les scènes d’amour sont interprétées de façon juste et les acteurs transmettent une certaine émotion. Les regards et les gestes sont sincères ; grâce à des plans rapprochés sur les parties les plus expressives du corps, la caméra nous plonge dans l’intimité et l’ardeur de leur liaison. On n’est pas familier à voir un Dujardin aussi transi. Pour autant, le couple fonctionne très bien et nous donne envie d’y croire. La scène finale est poignante.

Si cette histoire d’amour capte notre attention et donne au film presque tout son intérêt, il faut noter des erreurs. Emilie Dequenne en espionne russe est fausse et maladroite. Dujardin et Cécile de France sont plutôt bons sans être absolument convaincants une fois sortis des scènes d’amour. Les dialogues, en particulier les douloureux moments où les protagonistes sortent de leur langue maternelle, manquent de rythme pour nous maintenir en haleine. Le suspense y est absent faute de longueurs, de complexité et de lieux communs. Une fois de plus, on se demande si le cinéma français est vraiment capable de produire un bon film d’espionnage.

Quel dommage, le principe du ruban de Möbius (ici exploité de manière peu exaltante) offrait pourtant de riches possibilités pour un thriller !

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