Arts & cultures/BD & dessin

La légèreté

Sous un titre extrêmement simple, un sentiment plus que complexe. Ou plutôt, des sentiments. Car sous la plume et le dessin de Catherine Meurisse, la légèreté devient un processus, un passage par plusieurs sentiments dans la quête de la seule voie possible vers la guérison, non, la reconstruction. La légèreté comme rempart à tout ce qu’il y a eu, à toute cette année 2015 qui a été pour beaucoup un écroulement de la vie telle qu’elle était alors, la sécurité ; voilà ce que propose la Bande Dessinée de Catherine Meurisse. Face à l’insécurité permanente ressentie, proportionnellement inverse au tout-sécuritaire prôné par le gouvernement avec l’état d’urgence, Catherine Meurisse nous explique qu’on peut survivre, et même retrouver le goût de vivre au lieu de simplement exister.

Catherine Meurisse, dessinatrice à Charlie Hebdo lors des attentats de janvier 2015, miraculeusement survivante parce qu’elle est arrivée en retard ce fameux 7 janvier, a été victime du syndrome du survivant, qui consiste à se sentir coupable d’avoir survécu alors que quelqu’un d’autre est mort. Incapable de dessiner, étouffant sous sa garde rapprochée, désespérée des séances de psy qui ne lui apportent aucune amélioration, l’auteure s’est sentie glisser dans la dépression sans pouvoir rien faire. Et après le traumatisme, c’est sûrement bien normal. Les victimes ne sont ainsi pas que les morts, dans cette histoire, mais aussi tous les survivants, tous ceux qui ne comprennent pas, et qui ne savent plus quoi faire. Désœuvrés, tous ceux-là ont vécu le 13 novembre comme un rappel macabre de ce qui leur était arrivé quelques mois plus tôt, et face à la mort qui revenait prendre de nouvelles victimes avant leur tour, ils se sont retrouvés à la fois terrifiés et fascinés, attirés.

legerete_couv

Avec un sujet aussi sombre, c’était un véritable challenge pour Catherine Meurisse de faire un livre aussi beau, aussi touchant, aussi vrai. Bien que le sujet ne concerne que quelques-uns d’entre nous, qui seraient victimes du syndrome du survivant, la profondeur et la véracité des paroles englobent tout le monde. Les dessins qui accompagnent le texte alternent aussi entre cette obscurité du sujet et cette recherche d’autre chose, de quelque chose qui parlerait à tous, qui appartiendrait au domaine des vivants et non à celui des entre-deux, qui ne vivent plus vraiment. Ce que Catherine Meurisse a le mieux réussi dans son ouvrage, c’est donc la transmission des sentiments. Le texte et les dessins se complètent pour amener le lecteur à passer par toute une palette d’émotions, qui sont parfois même différentes de celles ressenties par le personnage. Au fil des pages, la dessinatrice s’ouvre, se montre tour à tour fragile, instable, et en même temps décidée à se reprendre en main. On se retrouve plongés au cœur de la tourmente, et on se demande bien si elle va s’en sortir, et surtout comment, tant il nous semble impossible de retrouver la légèreté nécessaire pour aller de l’avant.

A lire cela, on se retrouve soi-même avec soi-même, sans filtre, et on veut nous aussi trouver la légèreté qu’on se rend compte avoir laissée quelque part derrière nous, en 2015.

Par Lucile Carré

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s