Arts & cultures/Séries télé

Gotham : la ville sans super-héros

gotham

Warner Bros. Television

Depuis septembre 2014, Gotham revisite sur le petit écran l’univers tant représenté de Batman. La série en est actuellement à sa saison 3, et elle ne s’essouffle pas.

Batman est un des super-héros les plus lus. DC a vu naître de ses comics de nombreuses adaptations : films, séries d’animation, etc. Il paraît alors aisé de produire une série mettant en scène le chevalier noir. Le sujet allait forcément attirer un large public de fans. De plus, Batman n’est plus qu’une figure propre de la pop culture, puisque le super-héros s’inscrit désormais dans une culture de masse ; pour Batman, ce passage s’est fait notamment grâce à Nolan, s’inspirant de l’univers de DC Comics sous les projecteurs du blockbuster.

Pour autant, le pari n’était pas gagné. On le sait tous, une série dans les années 2010 doit faire ses preuves. Certes, Gotham porte à la télévision un medium attrayant et grand public, mais c’est bien parce que ce grand public se compose de fans que la tâche est rendue plus complexe.

Gotham est ainsi une bonne série, puisqu’elle a su dépasser le simple cadre de son univers d’origine, tout en s’imposant dans l’univers télévisuel. En voici les trois raisons principales.

1 – Bien plus qu’une adaptation, une série des origines de l’univers

Gotham n’est pas à proprement parler une série sur Batman. Bien loin du Batman Begins de Christopher Nolan, il ne s’agit pas ici de se focaliser sur les événements menant Bruce Wayne à endosser le costume du justicier masqué. Bruce Wayne existe bel et bien dans Gotham, mais ce n’est qu’un jeune adolescent, qui ne deviendra Batman certainement que quand la série se terminera.

Voir Batman est secondaire : il est le produit de Gotham City, il est le justicier dont la ville dystopique a besoin. Bruce Wayne adolescent, lui, ne comprend pas encore tout à fait les codes de cette ville modelée par le crime. Il apprend peu à peu à y vivre, à s’adapter à ce monde crépusculaire, sans que Gotham ne lui soit toutefois jamais vraiment familier. Regarder Gotham, c’est accepter le fait de ne jamais voir Batman, qui n’en est absolument pas le personnage principal. Gotham réussit le pari de réaliser une série fondée sur Batman où il n’y a aucun super-héros.

2 – Gotham, le théâtre du crime en huis clos

On pourrait presque dire que le personnage principal de la série serait la ville elle-même. Conçue comme un huis clos, Gotham City semble être isolée et le monde autour d’elle importe peu. Les lieux de la série, adaptés des comics, sont en soi des huis clos moteurs de la représentation du crime. L’asile d’Arkham, d’abord, a abrité dans son enceinte les plus grands antagonistes de l’univers. Lieu symbolique de la folie, Arkham est une vision extrême de Gotham, où le vice est latent et omniprésent. L’antenne du GCPD, ensuite, donne à voir cet entre-deux entre la justice et le crime. Le seul héros de la série, James Gordon, est la figure dominante du GCPD. Pourtant, même lui est en proie constante à remettre en cause l’efficacité de la loi. La justice n’est jamais plus qu’une illusion, puisque le GCPD ne semble être qu’un lieu transitoire de justice, les criminels arrivant tous plus ou moins facilement à s’en évader. Enfin, les rues même de Gotham sont animées par le crime. Le véritable « mal » ravageant Gotham se propage dans les ruelles les plus sombres, avant de s’exposer au grand jour, face au monde, dans les rues de la ville, où tout le monde est spectateur de la violence. Gotham est en constante transformation, et le « mal » s’insinue perpétuellement dans les rues, afin de pervertir les consciences, pour que chaque spectateur choisisse entre devenir le bourreau ou la victime de cette violence implacable. Et il n’y a aucune autre issue possible.

3 – Un monde sans super-héros, peuplé par les super-vilains

Un justicier naît souvent quand un univers est en manque de justice. Gotham développe ainsi brillamment l’atmosphère dysphorique du crime, des manigances et des jeux de pouvoir. Le monde souterrain est rendu légitime.

La singularité de cette série se construit par les multiples identités du crime. La naissance de Batman importe moins que l’émergence de tous les antagonistes peuplant l’univers DC Comics. Charismatiques, fascinants et désenchantés, les super-vilains s’inscrivent d’autant mieux dans un monde contemporain où la quête de justice se veut de plus en plus illusoire.

Finalement, on ne suit pas le combat d’un super-héros mais on suit à la place les trajectoires diaboliques de personnages qui redéfinissent le rapport à l’ordre individuel, puis à l’ordre collectif, en s’affrontant et se confrontant les uns aux autres.

Jean-Baptiste Colas-Gillot

 

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