Diver(tissement)/Voyages

Petites facettes égyptiennes

Sara Machtou, le 15.07.2017

A l’issue d’un stage de langue arabe en septembre dernier, j’ai pu découvrir un pays à la richesse culturelle forte, l’Egypte. Chacun se souvient des cours d’histoire-géographie où les manuels étaient remplis de photographies de cette région. C’est avec grand enthousiasme et quelques clichés en tête que je pris la direction du pays des pyramides et des anciens pharaons. Voici un petit topo sur ce voyage sans pareille.

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Il faut tout d’abord comprendre que la capitale cairoise, surnommée la « Victorieuse », est la plus grande agglomération d’Egypte ainsi que du Moyen-Orient. Ce qui frappe au premier regard est la densité de ses bâtisses. Résidente tout au long de mon séjour dans le quartier populaire de Gize, l’immensité des immeubles procure un effet de microcosme à quiconque se trouverait à ses pieds. L’ouverture d’une fenêtre peut donner directement sur celle de son voisin. C’est un véritable « un jeu de regard ». Il n’est pas forcément possible de savoir qui observe et qui est observé. Aussi, l’immensité permet un certain « culte du secret ». C’est d’ailleurs une idée que l’on trouve chez de nombreux auteurs égyptiens, Naguib Mahfouz en l’exemple dans son ouvrage Passage des miracles1 :

[… Quand les rayons du soleil atteignirent le mur gauche de l’impasse, il fit pivoter son fauteuil à vis et tourna son visage du côté de la rue. De longues minutes passèrent durant lesquelles il n’en détacha pas son regard. Puis il tendit l’oreille et ses yeux brillèrent au bruit de sandales de bois qui frappaient les pierres de la rue en pente. L’espace de quelques secondes, Hamida passa devant la porte du bazar. Alwâne tressa ses moustaches avec soin et fit à nouveau pivoter son siège vers son bureau. La joie luisait dans son regard, à défaut d’une satisfaction totale : car, après une heure entière d’attente anxieuse et de désir, il lui était difficile de se contenter d’une vision fugitive. En dehors de ces instants trop bref, il ne pouvait la voir qu’à la dérobée, à sa fenêtre, quand il se risquait à se montrer dehors, comme pour se détendre les nerfs en faisant quelques pas. Il était très prudent par nature, soucieux de son rang et de sa dignité. Il était le sayyid et elle était la une pauvre fille et l’impasse était pleine de langues et d’yeux indiscret […]

Les déplacements s’effectuent selon plusieurs modes de transport. Pour la somme dérisoire de un gini, il est possible de se déplacer en métro. Des wagons sont strictement réservés aux femmes. Le délai d’ouverture et de fermeture des portes étant parfois assez court, il n’est pas rare aux heures de pointe de devoir pousser du coude pour y trouver une place. Dans ces conditions, si l’on se trouve trop éloigné de la porte de sortie, il faut employer une technique bien rodée. Elle consiste à interroger les personnes autour de soi par un fameux « Nazla ? » (Tu descends ?). Progressivement, il est dès lors possible de se frayer un chemin jusqu’au bout de la porte et d’être sûr de pouvoir descendre au prochain arrêt. Quant à la circulation cairoise, celle-ci est périlleuse et les embouteillages y sont fréquents. Les taxis ne sont généralement pas dotés de compteurs d’où la nécessité de négocier le prix en amont. La négociation est un art où chacun tente d’y tirer son épingle du jeu. Elle fait partie prenante de la culture arabe. Le transport en bus peut s’avérer complexe pour qui ne parle par la « ‘amiyya », le dialecte égyptien. Il est alors assez facile de se perdre. Quant aux minibus, ceux-ci circulent aux quatre coins de la capitale. Ce moyen de transport en commun permet également de rejoindre d’autres grandes villes et ce n’est qu’une fois l’ensemble des sièges remplis qu’il est possible de prendre le départ.

La nuit, le temps se rafraîchit et les gens sortent en plus grand nombre. Une animation particulière se déroule dans les rues. Les personnes attablées dans des terrasses de cafés jouissent de leur consommation autour du « Narguilé ». Cet objet apporte un aspect de convivialité aux discussions, il est un véritable marqueur socioculturel du pays. Toutefois la prudence doit être de mise lorsque l’on chemine dans les ruelles, le pays tient une mauvaise place dans le harcèlement sexuel à l’égard des femmes (voir à ce titre le film Les femmes du bus 678 de Mohamed Diab qui traite de ce problème). Aussi et afin de s’éloigner des problèmes sanitaires dus à une mauvaise gestion des déchets et de saturation fortement marquées dans les grandes villes, émergent des villes nouvelles et des « gated communities ». Forme urbaine particulière, elles se trouvent à la périphérie des grandes villes et sont des pôles d’habitations dont le but est de désengorger les grandes agglomérations.

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Pour l’alimentation, je fus marquée par un plat et une boisson en particulier : le kochari et le qahwa turki. Le premier est le plat traditionnel composé d’un mélange de plusieurs féculents : riz, pâtes, lentilles, pois-chiches, le tout agrémenté d’oignons frits et d’une sauce tomate piquante pour les plus téméraires. Inutile de préciser qu’après dégustation on en ressort rassasié. Le second, est le café préparé à l’aide d’un ustensile bien spécifique, le cezve (petit pot généralement en cuivre et que l’on pose directement sur le feu avec l’eau et le marc de café mélangés en son sein). Ce café est typique dans l’ensemble du Proche-Orient. En dénote une chanson d’un chanteur très célébre, ‘Abdel Al-Halîm Hâfez, karyat al finjân2 (La lectrice de la tasse). Une voyante lit l’avenir du protagoniste au biais du marc de café resté dans la tasse après que celui-ci fut renversé dans la sous-tasse. Elle débute de la manière suivante :

Elle s’assit, la peur dans ses yeux,

Elle observa une tasse renversée,

Elle dit : Mon fils … ne soit pas triste, l’amour est ta destinée [..] »

جَلَسَت والخوفُ بعينيها

تتأمَّلُ فنجاني المقلوب

قالت: يا ولدي.. لا تَحزَن. فالحُبُّ عَليكَ هوَ المكتوب

Lien video : https://www.youtube.com/watch?v=g1o5EdK2meI

abdhalim hafez

Abdel Al-Halîm Hâfez

Il faut sortir des sentiers battus et ne pas hésiter à s’aventurer dans d’autres villes égyptiennes : Alexandrie, Louxor, Assouan, Suez etc. L’occasion de naviguer sur le Nil au son d’une musicalité typiquement égyptienne, de croiser des vendeurs de ‘aïch (le pain égyptien) et de livres dans les rues, ou de se poser et siroter un thé à l’hibiscus nommé karkadé, ne manquent pas. De ce pays, je reste in fine fortement marquée par de nombreux aspects : sa musique, sa religiosité, ses monuments, mais aussi le mode de vie de ses habitants. Afin de profiter au mieux du voyage, il ne faut pas hésiter à regarder d’un œil de lynx tout ce qui se trouve aux alentours, cela peut apporter bien des surprises.

 

1Naguib Mahfouz, Passage des miracles, Babel, Actes Sud, 2007, p 105-106

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