Arts & cultures/Littérature & philosophie

Miguel Bonnefoy et son Sucre noir : ma rencontre avec un alchimiste de l’exotisme

Marie-Amélie Huard de Jorna ∣ Une belle rencontre trouve parfois ses racines dans un hasard inattendu. Un salon du livre, une belle affiche, un nom qui dégage une part de mystère et puis un contact chaleureux scelle le tout. Ancien étudiant à la Sorbonne-Nouvelle, Miguel Bonnefoy, auteur aux nombreux prix et notamment celui du Prix de la nouvelle décerné par Paris 3 Sorbonne Nouvelle en 2009 pour La maison et le voleur nous a récemment offert Sucre noir paru aux éditions Rivages. Sans hésitation je vous dirais que Miguel Bonnefoy est un personnage chaleureux, talentueux et drôle dont l’éclat de son regard trahit une immense curiosité pour la vie.

Sucre noir est une pépite. La première phrase du roman : « Le jour se leva sur un navire naufragé, planté sur la cime des arbres, au milieu d’une forêt » imprime sur la rétine une image fabuleuse et ouvre les pages sur une histoire incroyable. Quelle entrée en matière. Un début fantastique à peine envisageable lorsque l’on sait que ce roman paru pour la rentrée littéraire 2017 conserve son appartenance à la littérature blanche. Un navire, un trésor, celui du pirate Henry Morgan fascineront trois cents ans plus tard une région proche et ses habitants. La famille Otero détournera ses esprits vers la quête de trésors qui loin d’être inexistants plongeront bon nombre d’aventuriers dans l’abîme de recherches loin d’une vie heureuse. Une vie sans passion dévorée par la passion d’une vie rêvée. L’herbe est toujours plus verte dans le pré voisin.

Et de mystères en mystères, le lecteur progresse dans une histoire riche et pleine de curiosités. Imaginez une chambre au fond de la ferme des Otero, verrouillée, ouverte uniquement le 1er novembre de chaque année par une vieille veuve unique détentrice de la clé, s’y enfermant et pleurant son défunt époux avec son sceau avide de larmes et son vin de cannelle. Cette apparition annuelle et discrète recèle un secret que vous serez impatients de lever.

Cette histoire est également un apprentissage, celui de cultures, de la canne à sucre (on apprend d’ailleurs beaucoup sur la fabrication du rhum) et d’un peuple courant peut-être à sa perte.

Le talent de Miguel Bonnefoy est de faire pousser des fleurs au milieu de ses phrases, de nous faire sentir la chaleur des bois, innombrables et omniprésents. La couleur du rhum coule au fil des pages, teinte son roman d’une couleur exotique mémorable tandis que sont évoqués des sujets graves tels l’évolution d’un pays en proie à l’avidité qu’invite le pétrole, oubliant les richesses au milieu desquelles il évoluait.

Menez l’exploration avec un auteur dont la créativité n’a d’égal que sa poésie. Une très belle découverte.

 

 

 

 

 

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