Atelier créatif étudiant/Vos textes

PSG / Luc Besson : même combat

Victor Vagnier ∣ Saviez-vous que Luc Besson a joué au club de foot du PSG ? Pas chez les pros bien-sûr, en amateur. Et voilà, une petite accroche pour introduire mes sujets pour mon coup de gueule ! Luc Besson et le PSG, deux acteurs aujourd’hui incontournables du cinéma et du football français.

Bête noire des critiques les plus illustres du septième art ; bouc émissaire du ballon rond… Qu’ont bien pu faire ce cinéaste à succès et ce club de football maintes fois champion de France pour être traités de la sorte ?

Pourquoi, lors de ma première année d’étude de cinéma, l’un de nos professeurs a-t-il cru bon de se justifier de nous passer un extrait d’un film de Besson, nous précisant au passage qu’il considérait  que Luc Besson avait fait beaucoup de mal au cinéma français ? Je ne ferai aucune analyse filmique ici, mais nous parlons tout de même d’un cinéaste qui a signé des films comme Subway, Le Grand Bleu, Léon ou encore le récent Valérian que j’ai personnellement adoré.

De la même manière chaque match, chaque victoire, chaque défaite, chaque conférence de presse ou déclaration du PSG devient aujourd’hui la cause d’un déferlement de haine de la part des détracteurs du club de la capitale. Ces critiques interviennent à tous les niveaux, du hater de base et son commentaire sur facebook bourré d’insultes et de fautes ; jusqu’au président de l’Olympique Lyonnais Jean-Michel Aulas qui ne loupe jamais une occasion de dire tout le mal qu’il pense du PSG.

      De l’argent, beaucoup d’argent

Il faut dire que le PSG et Luc Besson ont beaucoup fait parler d’eux ces derniers mois : le cinéaste a sorti son nouveau film : Valérian et la cité des milles planètes, le film français le plus cher de tous les temps avec un budget de 197 millions d’euros, soit autant qu’un Transformers, Titanic ou qu’une grosse production Marvel. Mais 197 millions d’euros, c’est toujours moins que le montant record du transfert de Neymar vers le PSG cet été pour 222 millions d’euros et à peine plus que les 180 millions d’euros dépensés pour recruter Kylian Mbappé, le jeune prodige français âgé de seulement 18 ans. Et je ne parle pas des salaires.

L’argent est tabou en France, la richesse agace, est pointée du doigt. Ces sommes astronomiques, si elles ne dérangent pas lorsqu’elles viennent d’ Hollywood ou d’autres clubs Européens comme le Real de Madrid ou Manchester United, sont considérées comme indécentes en France.

En réalité, c’est aussi la provenance de cet argent qui pose problème, si Luc Besson peut se permettre de penser puis de réaliser un film aussi cher, c’est qu’il peut compter sur le soutien d’Europa Corp, la société de production qu’il a lui-même fondé. Europa Corp produit des films d’actions à gogo comme Taxi ou Taken, souvent de gros succès au box-office. Régulièrement qualifiée de « pompe à fric », Europa Corp produit des long-métrages méprisés par la critique ; ces long-métrages rapportent de l’argent qui permet à Luc Besson de réaliser ses films qui sont à leur tour descendus par les intellectuels des salles obscures.

Au moins, Europa Corp est une société française et fondée par un français (bien qu’elle produise beaucoup de films internationaux avec des acteurs américains). On ne peut pas en dire autant des fonds du PSG. Racheté en 2011 par Qatar Investment Authority, le fonds d’investissement de l’état du Qatar. La boutade alors en vogue dans les vestiaires des amateurs était la suivante : « Dis donc ton maillot il sent plus le pétrole que la transpiration ! ». Certes, mais l’autre nom du pétrole, c’est l’or noir : en 2010, le budget du club tourne autour de 80 millions d’euros, ce qui est conséquent pour un club français mais insignifiant comparé aux grands clubs anglais ou espagnols. En 2017, la valeur du PSG est estimée à un milliard d’euros, soit l’un des clubs les plus riches au monde.

     La finance au service du divertissement

Tout cet argent affole, si des personnes ont du mal à accepter que l’on puisse produire des films pour 200 millions d’euros, qu’en est-il pour le football ? Qui n’a jamais dit ou entendu des phrases telles que : « Ils ne font que courir après un ballon et sont millionnaires pendant que des gens meurent de faim, c’est scandaleux ! ». Il s’agit de personnes exploitant leur talent comme n’importe qui le ferait. La sphère du football est un business comme un autre, en plus d’être un loisir, un divertissement et un art pour certains. Comme partout, l’argent est roi. Aucun film ne se réalise sans argent, depuis 1895. Et dépenser 222 millions d’euros pour un Neymar, ce n’est pas un caprice d’émir Qatari mais un investissement : le jour de la présentation de Neymar au club, le PSG a vendu près de 10 000 maillots à 140 euros le maillot, sans parler des droits TV sur la retransmission des matchs qui ont décuplé, et du talent du joueur qui rapportera bien plus s’il parvient à mener son équipe à un titre de champion d’Europe.

Si le PSG ne compte aujourd’hui que trois ou quatre joueurs français dans son équipe type (ce qui agace au plus haut point les électeurs du FN), c’est aussi à cause de la faiblesse du championnat, qui fait fuir les talents français en Espagne, en Angleterre, en Allemagne ou en Italie. Alors oui, le PSG écrase la concurrence en France, est infiniment plus riche que tous les autres clubs français. Mais comme dans beaucoup d’autres domaines, la réussite et la richesse suscitent le mépris et la jalousie, à l’image des supporters de Saint-Étienne, dévoilant plusieurs banderoles anti-PSG et anti-Qatar début 2016 alors qu’ils recevaient le club de la capitale : « Vous n’emporterez pas votre argent au paradis. » … L’une des banderoles avaient même la maladresse, dans un contexte post-attentat, d’afficher « Pray For Paris ».

De même, lorsque le PSG est éliminé de la ligue des champions après la fameuse remontada du FC Barcelone, le PSG est au centre de toutes les moqueries et de toutes les critiques. Cela peut être compréhensible, au vu du contexte du match. Ce qui l’est moins, c’est la vague de réjouissance qui a parcouru les supporters de nombreux clubs français, Marseille en chef de file. Pascal Dupraz, l’entraîneur de Toulouse, s’indignait alors : « On se réjouit du malheur des uns et des autres. (…) Il se trouve que le PSG défendait les couleurs de l’hexagone, on est tous ridicules sur le coup. (…)Enfin tous ceux à peu près censés qui savent qu’une victoire du PSG en Ligue des champions aurait des répercussions favorables sur tous les autres clubs (français) indirectement. ».

En effet, en faisant briller sa lumière, le PSG attire l’attention sur le championnat français, fait venir les sponsors, les investisseurs, les spectateurs et les joueurs de classe mondiale dans les autres clubs. Pour beaucoup de clubs de ligue 1, la seule journée du championnat où le match est joué à guichet fermé est souvent le match face au PSG : les supporters se pressent pour aller admirer les stars qu’ils critiquent.

     Tirer la France vers le haut

Luc Besson, lui aussi, fait appel à des vedettes étrangères pour jouer dans ses films : en 2014, Lucy devient le plus gros succès français à l’étranger notamment grâce à son casting réunissant Scarlett Johansson et Morgan Freeman dans un film d’action explosif. Besson s’est même offert le luxe d’intégrer la chanteuse Rihanna à son casting pour Valérian. Europa Corp produit des films qui marchent en France et à l’étranger, et peu de cinéastes français peuvent se vanter d’avoir conquis les marchés hors de nos frontières. Oui, Europa Corp produit des films familiaux et des films d’action plus que de raison, souvent avec des budgets supérieurs aux 5 millions d’euros représentant le budget moyen d’un film français ; et oui, ces films fonctionnent auprès des publics. Peut-on dire pour autant que Luc Besson fait du mal au cinéma français ? Remettrait-il en question l’exception culturelle française ?

Car Europa Corp produit aussi des films d’auteur français, comme Haute tension, d’Alexandre Aja, sorti en 2003, film d’horreur à petit budget, et chacun sait comme il est rare que des films de genre français parviennent à trouver leur place dans le paysage cinématographique français. Luc Besson et sa société tueraient les projets indépendants et le cinéma d’auteur en attirant le public vers de grosses productions, privant d’autres cinéastes de recettes nécessaires à leur survie ? Bien au contraire, en France, 11% des recettes de chaque ticket de cinéma est reversée au CNC (Centre National du Cinéma) qui à son tour redistribue cet argent en finançant des projets dépourvus de moyens. De ce point de vue, Luc Besson apporte donc beaucoup au cinéma français.

Luc Besson, c’est aussi la création de la cité du Cinéma, un lieu situé en région parisienne dédié au septième art, à la création et à l’industrie. Cette institution accueille notamment l’École de la Cité, où sont formés gratuitement sans condition de diplôme ou d’expérience des jeunes motivés et ambitieux.

Le PSG n’est pas en reste avec un réel investissement dans la pratique du sport pour tous, l’insertion sociale et professionnelle des jeunes dans les quartiers populaires, le soutien aux enfants malades ; via son association et sa fondation Paris Saint-Germain qui multiplient les actions solidaires, par exemple en invitant des familles défavorisées au Parc des Princes assister aux matchs du club. Même ma mère, en voyage au Népal, est tombée par hasard sur un tournoi de football organisé dans un modeste village et financé par le PSG. Au Népal.

Loin d’être justifiées, les critiques négatives à l’égard de Luc Besson et du PSG sont pour moi non-fondées et même paradoxales : ils tirent le football et le cinéma français vers le haut et font rayonner notre pays à l’étranger. Dans un championnat aussi peu reconnu que la Ligue 1, seul le PSG attire les regards du reste du monde ; et seul un réalisateur comme Luc Besson est capable d’engranger 459 millions de dollars à travers la planète avec un film comme Lucy. Le Paris Saint-Germain remplit les stades français tandis que Besson remplit les salles de cinéma. Il serait peut-être temps de se réjouir.

 

 

 

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