Arts & cultures/Musique

King Krule – The Ooz

Adélaïde Plancoulaine ∣ Mes mots sont trop pauvres pour la souffrance qui habite cet album.

The Ooz et sa couverture colorée cachent, en effet, une beauté obscure, difficile à pénétrer et à interpréter. Nu sous le nom de King Krule, Archy Marshall couche ses pensées les plus sombres dans une opacité presque dérangeante. Solitude, désillusion, rupture, manque et perdition dans un chaos contrôlé d’influences punk, jazz ou trip-hop.

A la manière d’un D.H.Lawrence anti-moderne, King Krule décrit la ville comme un lieu déshumanisé et mécanique. Le bruit de machines ouvrent l’album avec Biscuit Town et l’on retrouve dans The Locomotive cette même ambiance métallique ; engrenage dans lequel King Krule semble lui-même être pris : « I wish I was people ». Plusieurs fois dans l’album, cette ville « parasite » est évoquée comme le traumatisme d’une humanité égarée.

Mais the Ooz revêt également une dimension onirique ; parfois même cauchemardesque avec Dum Surfer, avec ses rythmes agressifs et sa voix souterraine. C’est cet onirisme que l’on perçoit dans la sublime Czech One et The Ooz, deux mélodies très aériennes qui soulèvent pourtant une solitude souveraine : «  Is there anybody out here  ? Cause I’m all alone. » Les échos de A Slide In (New Drugs) rappellent également cet onirisme qui devient de plus en plus chaotique ; une dépréciation, une déconstruction subtilement orchestrée, que l’on retrouve dans la globalité de l’album.

Avec l’amour comme ligne directrice, King Krule met de côté sa raison au profit de sa création. Les mots comme expression d’un amour déçu dans un Logos rythmé ; « She smoked me whole and blow out Os ». L’amour, dépeint comme une muse revêtant une dimension céleste dans Cadet Limbo, a « waltzing deep space lullaby ». King Krule évoque une perte de logique, qui joue en faveur de sa musique : « I guess my brain was full, indecision’s on the lefthand side ».

Puis, la noyade avec Midnight 01 (Deep Sea Diver). Une plongée dans les profondeurs les plus sombres de l’âme du poète. Un spleen confortable et créateur dans lequel l’auteur se perd. C’est l’album d’une perdition, une tentative de compréhension ; et c’est joli.

 

La playlist concoctée par Nouvelles Vagues est à écouter ici, sur Spotify

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