Arts & cultures/Théâtre & spectacles

Britannicus : une représentation à la hauteur du chef d’œuvre

E.C | Depuis le 20 juin 2018, Stéphane Braunschweig nous invite à redécouvrir le chef d’œuvre classique de Jean Racine. La Comédie Française signe un véritable coup de cœur!

britannicus DR source next.liberation.fr.jpgDeux ans après son accession au pouvoir, le peuple voit en Néron l’espoir que Rome retrouve sa grandeur d’antan. Mais alors que sa bienveillance comble l’empire, son règne prend un tournant décisif. Est-ce par crainte de son alliance avec Britannicus, héritier légitime du trône, qu’il fait enlever Junie ; ou se laisse-t-il aveuglement guider par l’amour soudain que lui inspire la jeune femme ? Quelle qu’en soit la raison, cet acte d’opposition à l’autorité de sa mère, Agrippine, révèle sa volonté d’être désormais craint de son peuple au lieu de s’en faire aimer. A la révélation de ce monstre naissant, le destin de l’empire bascule…

La mise en scène de Stéphane Braunschweig : la perfection d’une tragédie moderne

La renommée des œuvres majeures de Racine implique fatalement le risque de ne pas s’en montrer digne lors de leur mise en scène, notamment lorsque l’on succombe à la tentation de les moderniser. Toutefois, Stéphane Braunschweig gagne ce pari des plus risqués en offrant un véritable chef d’œuvre aux admirateurs du dramaturge classique !
La modernisation, aussi omniprésente soit elle, est amenée de sorte que, loin de contredire le texte, elle le soutient avec un naturel déconcertant.

En effet, la scénographie nous emporte loin de l’empire romain au profit d’un espace plus concret, dont la réalité nuancée ne restreint pas notre imagination. Ce décor sobre et esthétique constitué d’une table longue, de chaises et de multiples portes permet de se figurer un lieu de pouvoir, de représenter la nature des enjeux de l’œuvre sans les ancrer dans un espace-temps restreint. Par ailleurs, la présence de cette multitude d’issues isolées confère au décor sa dimension abstraite qui, en plus d’être esthétiquement appréciable, rappelle au spectateur l’aspect illusionniste de toute œuvre dramatique.

Dans un souci de cohérence entre la parole et l’environnement où elle est prononcée, les textes sont également joués avec modernité. La direction d’acteur vise en effet à ce que l’ensemble des comédiens interprète le texte de manière concrète, soulignant ainsi les enjeux de pouvoir au cœur de l’œuvre et l’ancrant ainsi dans le réel. Pour autant, cela ne nuit pas à la beauté du texte, l’alexandrin étant respecté selon les règles qu’il impose. Ce parti pris permet de souligner l’atemporalité de sujets que l’œuvre originale situait pourtant dans un contexte bien précis. De cette manière, loin d’être déplacée, cette volonté de modernisation sert l’œuvre originale en la réactualisant avec justesse.

Mais cette réussite n’aurait pas été possible sans une telle distribution. En effet, la majorité des comédiens ont su humaniser, concrétiser et moderniser ces personnages antiques. Le trio principal – composé d’Agrippine, Néron et Britannicus – propose une importante diversité de personnalités telles que le texte original les laisse imaginer: Dominique Blanc offre à Agrippine, monstre éternellement avide de pouvoir, une présence et une grandeur très justes ; Laurent Stocker montre une version surprenante de Néron, doté d’une sensibilité et d’une fragilité qui lui permet encore de conserver son statut de monstre naissant ; Stéphane Varupenne, enfin, anime Britannicus d’un souffle dynamique et disposé à se défendre, libérant l’héritier de la fatalité commune aux tragédies. Mais les rôles secondaires ne sont pas en reste, les confidents et conseillers étant également interprétés de manière à souligner leur importance fondamentale dans l’intrigue. On distingue notamment l’interprétation de Benjamin Lavernhe, manipulateur déterminé à faire basculer la situation comme bon lui semble, qui révèle la fourberie de Narcisse.

Cette modernisation du texte permet même d’apporter une touche comique à certaines répliques ; chose pour le moins inattendue devant une tragédie racinienne…

C’est un véritable chef d’œuvre que Stéphane Braunschweig nous invite à découvrir et auquel on peut encore avoir la chance d’assister jusqu’au 22 juillet !

Des places sont encore disponibles à partir de 11 € sur le site de la Comédie Française : https://billetterie.comedie-francaise.fr//node/49120

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