Aime ton clito et tu t’aimeras !

Marilou Paquereau | Ce petit organe bien trop souvent oublié, négligé, n’est presque plus un tabou… et c’est pas trop tôt ! Dessiné à la craie sur le béton, brandi lors de manifestations, placardé dans les établissements scolaires, célébré sur les réseaux sociaux… On ne peut que se réjouir devant ce nouveau moyen de revendication des droits des femmes. Pourtant, le clitoris n’a pas toujours vécu des beaux jours… Depuis 1945, date à laquelle son existence est officiellement reconnue par le corps médical, le clitoris bataille pour qu’on le considère à sa juste valeur : celle de donner du plaisir sexuel aux femmes (rien que ça !). Mais, pourquoi a-t-il mis autant de temps à s’imposer ? 

La sexualité féminine à la merci du patriarcat 

Du XVIème siècle aux années 1930, le plaisir féminin, ça n’intéresse très peu. A l’époque, la découverte du clitoris dérange un modèle de représentation ancestrale : cet organe féminin est érectile au même titre que le pénis, mais surtout « le siège du plaisir de la femme », comme l’affirmait le médecin italien Colombo dans les années 1540. Déstabilisant les codes, cette révélation entraîne une répression forte de la sexualité féminine. Puisqu’il serait trop sulfureux d’aller voir en détail ce qui se passe du côté du clitoris, les rares études qui s’y intéressent préfèrent le diaboliser. En 1905, Freud publiait ses « Trois essais sur la théorie sexuelle », dans lesquels il affirmait que la sexualité clitoridienne était infantile, et qu’une « vraie » femme devait en rester à la sexualité uniquement vaginale (et hétérosexuelle). Il ajoutait qu’une femme ayant du plaisir clitoridien serait une « hystérique ». Ce contrôle du plaisir de la femme a un objectif clair : maintenir la femme dans une situation de domination dans la sphère conjugale (la seule qui prévaut à l’époque). C’est ce que met en lumière la sociologue et historienne Delphine Gardey dans son livre « Politique du clitoris ». Elle met en lumière la conséquence qu’ont produit les études et recherches autour de cet organe sur les rapports sociaux de sexe hétérosexuel : la légitimation de la domination patriarcale. Dans cette logique, la femme doit avoir deux uniques motivations à un rapport sexuel : la procréation ou la satisfaction de l’homme. Cette idée de la disposition de la femme, ou plus particulièrement de son vagin, à l’homme est largement ancrée dans la plupart des esprits. Comment le clitoris pouvait-il s’imposer quand, dans la majorité des sociétés humaines, la femme n’avait pas le droit au plaisir sexuel ? Comment alors les femmes pouvaient-elles avoir du pouvoir sans même en avoir sur leur propre corps ? 

Le plaisir féminin, clé de l’égalité des sexes 

C’est de cet héritage qu’existe aujourd’hui la méconnaissance du clitoris et le tabou autour de la sexualité féminine. Ces mécanismes de contrôle de la sexualité des femmes sont non seulement ancestraux, mais aussi internationaux. Le chemin à parcourir est encore long avant d’observer un réel équilibre entre les droits sexuels des femmes et ceux des hommes du monde entier. Cela transparaît dans de nombreuses situations, des plus alarmantes (excisions, viols conjugaux,…) aux plus « banalisées » (le mépris de la masturbation féminine, toutes les idées phallocrates,…). Mais quel intérêt ont les sociétés à mettre en place cette répression ? Priver les femmes de leur plaisir, c’est une manière de les empêcher de revendiquer leurs droits. Parce que le désir féminin est un pouvoir, aucune norme culturelle d’aucune société n’encourage celles-ci à s’en emparer. Parce que le plaisir est un outil d’émancipation puissant, les sociétés trouvent cela préférable de ne pas l’autoriser aux femmes. C’est en prenant en compte la force de l’anatomie et de l’intimité féminine que l’on comprend la nécessité de militer contre leur ignorance. Et s’il y a bien un symbole de cette liberté sexuelle si importante, c’est notre cher clitoris ! Seul organe humain destiné au plaisir et uniquement à cela, être au fait de son existence, de sa fonction, de sa représentation est le premier pas vers la révision de notre approche du sexe mondialement androcentrée. 

Voilà pourquoi aujourd’hui, militer pour la représentation du clito, c’est militer pour les droits globaux de toutes les femmes. De nombreuses féministes d’aujourd’hui l’ont compris : sur les réseaux sociaux, les comptes comme @tasjoui ou @jouissance.club célèbrent le plaisir féminin via des témoignages, des dessins, des mini-reportages ; des auteur.e.s publient des livres entièrement consacrés à ce plaisir, parmi lesquels on peut citer « Jouir : en quête de l’orgasme féminin » de Sarah Barkmark. C’est avec ces initiatives qu’une conscience individuelle puis collective s’élèvera. Et alors cette réalité deviendra évidente aux yeux de la majorité : tant que la sexualité des femmes ne sera pas libre, celles-ci ne le seront pas non plus.

Illustration du merveilleux compte @clubclitoris

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