Folie, folie

Adrien Chupin | Se rendre au Monfort est souvent la promesse d’une plongée dans l’univers singulier d’une compagnie. L’occasion se présente jusqu’au 2 février de découvrir la dernière création des berlinois de Familie Flöz, qui ont fait de leur parfaite maîtrise du masque le cœur de leur exercice de la scène. De quoi ça parle ? Et bien ça ne parle pas, là est toute la magie… 

Ces visages figés, pourtant capables de mille expressions, sont la clé de voûte du spectacle. Plus qu’être le simple réceptacle d’une émotion particulière, chaque masque (dont la conception est à saluer !) fait la synthèse d’une personnalité clairement identifiable au premier abord. En toute situation il semble s’adapter, peu importe l’émotion qui est alors en jeu, bien aidé par le langage corporel surdéveloppé et un poil circassien de fabuleux acteurs à acclamer tout autant que leurs faciès factices.

Il est question dans Dr Nest de la prise de fonction de ce médecin dans un établissement psychiatrique. « Viens pas nous voir chez les fous, tu pourrais gâcher la fête » chante Lomepal. Vraiment ? Ce n’est en tout cas pas dans une atmosphère festive que nous débarquons avec ce cher Nest : les internés sont tous gravement atteints et le personnel est dépassé. Au-delà de la gestuelle comique naît à travers le regard du professeur une formidable poésie des troubles psychiatriques, au fur et à mesure que lui-même change de bord, de l’autorité vers le partage. Consciemment ou non, le Dr Nest finit par se laisser porter. Danser avec les fous, plutôt que suivre les médecins austères et rigides, leurs grilles rigoureuses, et leurs rapports protocolaires.

Parmi les regards possibles sur ce spectacle atypique, on peut choisir de ne garder que le semblant d’éloge de la folie à lire entre la tristesse du milieu clinique et l’isolement psychique des déséquilibrés. La folie comme égarement vers la virtuosité, comme dérive révélatrice, amplificateur de talent, la folie comme création d’une communauté constellaire, par-delà la parole. Sur ce terrain peuvent interférer les mots de Lomepal : « Elle dansait nue en criant des mots magiques », chante-t-il en évoquant Jeannine. Sur la scène du Monfort, ni dénudement ni déraillement vocal, mais des instants de délire dément qui ramènent sans détour à la folie salutaire louée par le rappeur parisien.

Un dépassement d’on ne sait quoi, une ivresse autre, contrepoids au tout rationnel, à l’obsession de la compréhension exhaustive. L’inné qui renverse la construction logique. L’instinct de source nébuleuse. La poésie pour seul motif.

Dr Nest est joué au Monfort du 21 janvier au 2 février à 20h30, le dimanche à 16h dans la grande salle. Pour retrouver toutes les informations pratiques : http://www.lemonfort.fr/programmation/dr-nest

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