Déterrer la vie : les souvenirs d’Alice.

Inès Yahyaoui | « Le théâtre répare, panse, recouds, recolle les morceaux, rapièce, assemble, et rassemble. Il raccommode. Le théâtre pardonne. Il relie avec du fil rouge. » ; première phrase d’introduction de la pièce Enterrement de vie de jeune fille, écrite par le collectif FEMME TOTEM. Entre thriller psychologique, documentaire de société, performance et poésie, la pièce m’a conquise et m’a transmis plus d’émotions que de mots pour la décrire. Il me semble que c’était précisément l’objectif de Esther Van Den Driessche et Arthur Guillot, metteuse et metteur en scène. 

Une pièce forte, riche et profondément humaine, Enterrement de vie de jeune fille m’a fait voyagé dans le conscient – et l’inconscient – d’Alice, de son entourage et dans le mien. Comme une autopsie par les mots, la pièce découpe les couches de cet être presque trop-humain pour chercher en elle des réponses. Des réponses sur les questions incessantes posées par l’existence, plus particulièrement dans notre ère : le désir, la mort, la peur, le libre-arbitre. 

Alice est, en soi, une représentation de la vie, une recherche sur la vie, une expérience de la vie. Alice est une thèse et nous sommes le jury : nous attendons des solutions à une énigme posée par une étrangère qui nous expose ses théories, mais jamais ses réponses. Alice est là, comme nous tous, pour quelques années qui nous sont exposées à travers des souvenirs. Le narrateur extérieur, parfois acteur, parfois docteur, vient ponctuer ces moments avant-la-mort en dictant des dates qui nous font naviguer dans les années : 2017 puis 2020, retour en 2015 puis arrivée à la destination première : l’enfance. 

J’ai vécu la pièce comme un opéra, elle m’a faite passé du rire aux larmes en quelques minutes, ponctuée de poésie et de danses qui ont transporté mes pensées dans celles des personnages. J’ai voulu, pendant une heure et demi, entrer dans leur tête et j’ai fini par entrer dans la mienne, aspirée par la scénographie épurée qui ne laissait aucun moyen d’échapper à l’essence de l’histoire d’Alice, de sa femme Stella, de sa sœur Marylin, de son amie, de Gus, son confident. En nous dévoilant ces relations singulières et intenses, Alice nous fait questionner les nôtres, et qu’on le veuille ou non, je crois qu’on en a toustes besoin. 

Si je ne peux pas garantir que vous sortirez du théâtre le cœur léger, je peux vous assurer que vous serez rempli d’émotions, peut-être même trop d’émotions. Avec des larmes au fond des yeux et des questions plein la tête, j’espère vous que vous aurez comme moi, vécu plus que vous n’aurez vu cet Enterrement de vie de jeune fille

Un Enterrement de vie de jeune fille, par le collectif FEMME TOTEM, jusqu’au 9 mars au théâtre de l’Atalante : https://www.theatre-latalante.com/spectacle/un-enterrement-de-vies-de-jeunes-filles/

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