Être caissière en temps de crise sanitaire. Episode 1 : Un combat en barricade.

Sara Machtou | Se protéger, tel a été le mot d’ordre scandé au départ de cette crise sanitaire. Plusieurs éléments se sont insérés progressivement et rapidement au cœur de notre travail. Une potion magique, ce fameux gel hydroalcoolique nous a été confié dans un flacon à chacun d’entre nous. Rechargeable à volonté, il faut dans l’idéal s’en parsemer les mains tous les quarts d’heure. 

Puis les gants nous sont parvenus. Capout de la manucure qui trouait les gants trop rapidement. L’esthétique des ongles attendra. Nous aurions préféré des gants chirurgicaux car plus solides, mais c’est déjà moins que rien. C’est à la fin d’une journée de travail que  nous pouvons voir à quel point ces gants sont sales, un vrai nid à microbes. D’ailleurs, le paiement en carte bancaire est privilégié car nous touchons moins de choses manuellement. 

Il a fallu instaurer une distance interindividuelle d’1 mètre. En passant par la cafétéria jusqu’aux vestiaires elle est respectée autant que possible. Des bandes rouges et blanches délimitent cette distance au sol. Tout comme le rayon d’un cercle, une bande de la même distance entoure le poste de travail de l’hôte ou hôtesse de caisse. Une large plaque en plexiglas a été installée en face notre champ de travail. Elle est à l’image d’un bouclier défensif. Ajustement découpée elle apporte une certaine protection en plus. Aussi, il n’est plus possible d’avoir un autre collègue dans le même îlot de travail. Les masques se font longuement attendre. Et pour beaucoup nous avons fait le choix d’augmenter nos horaires, certains manquaient à l’appel. 

Dorénavant, il nous incombe un nettoyage supplémentaire. Les tapis, la scannette, les écrans, les séparateurs, le plan de travail, le terminal bancaire, tout y passe. Et ce, si possible, à chaque passage client. Cela affecte l’odorat. Une senteur de désinfectant vous monte au nez et vous accompagne durant toute la durée de travail. Et ce bruit de pchitt qui vous reste en tête un moment.

Les caisses automatiques ont été fermées car le risque de contact entre les personnes est trop important. Il n’y a donc que l’Humain qui peut poursuivre sa tâche, qui peut continuer à aller au front.

L’effet pervers ici, au sens sociologique du terme, est que l’ensemble de ces mesures bien que nécessaires, isolent le travailleur et donc l’humain qui se trouve derrière cette barricade. Tout comme de vrais militaires vous devez poursuivre votre mission. C’est au commandant de donner les ordres. Désinfecter c’est comme remettre un chargeur afin de pouvoir retourner sur le terrain. 

Mais où est l’ennemi dont nous devons nous protéger ? Éradiquer un mal invisible, là est tout l’enjeu. Comment se peut-il être partout ? Si seulement nous pouvions le voir. L’odeur de propre que nous sentons au quotidien, ô combien peut-elle être trompeuse ! Vous savez juste que ce mal invisible est là, et qu’il se dirige sûrement dans votre direction.

Le matériel est arrivé au compte goutte et reste insuffisant au regard de la tâche qui nous incombe. Nous sommes des plus exposés à l’épidémie, les premiers à être envoyés sur le front. Combien d’entre-nous seront laissés au bord du chemin, voir même jeter en pâture  ? Qui sera sauvé ? Combien de balles perdues trouverons-nous ailleurs ? Le temps nous le dira.

> Episode 2 : Une relation client autre.

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