Feodora de Judith Abensour : déchirure mémorielle et crise habitable du peuple palestinien

Florentin Groh | [Il y a un an, la quarante-deuxième édition du Festival Cinéma du Réel s’était vue annuler après sa soirée d’ouverture. Un an plus tard, les lieux culturels, parmi lesquels les salles de cinéma, sont fermés depuis plus d’une centaine de jours. Ce n’est pas seulement la culture qui est en crise, mais tout une part de l’expérience humaine nécessaire. Alors, prise la première dans la tempête covid depuis ce qui nous paraît être une éternité, la quarante-troisième édition du Festival Cinéma du Réel se tient virtuellement, à défaut de mieux. Tentant de faire le récit de l’expérience festivalière qui nous manque tant, nous vous proposons ici ces quelques paragraphes de critique sur un film de la sélection.] 

Feodora est avant tout l’histoire d’une déchirure mémorielle. Celle d’un peuple à qui l’on refuse son histoire et sa terre. Judith Abensour se sert de la captation de l’espace afin de faire ressentir ce vide, à la fois historique et sensitif. Commençant par poser sa caméra dans le Musée de la culture et de l’histoire de la Palestine, Judith Abensour capte l’essence nihiliste de l’ancrage culturel palestinien. L’espace vacant et austère, moderne et épuré, nous emporte dans le désert mémoriel imposé par la gentrification et la politique territoriale israélienne. 

En ça, Feodora se rapproche de la trilogie Bait d’Amos Gitai, avec l’utilisation de l’espace-temps multiple issue des délocalisations palestiniennes. À ceci près qu’ici, avec Judith Abensour, l’essence de l’exil palestinien passe au-dessus d’un microcosme afin d’atteindre la manifestation d’un ancrage mémoriel difficile dans l’espace-temps global des terres israéliennes et palestiniennes. 

L’engagement politique et critique passe alors par une expérience cinématographique de l’espace, contenant, ou au contraire effaçant, les tensions actuelles et les crises passées. Le spectre des accords d’Oslo et de la Guerre du Liban ressurgit, à mesure que le chantier pour la nouvelle exposition du Musée de la culture et de l’histoire de la Palestine avance. Ainsi il s’offre ainsi en coulisse devant la caméra de Judith Abensour. 

L’image est donc double, elle se veut purement documentaire, retraçant les avancées théoriques et matérielles des œuvres du Musée ; mais elle est aussi expérimentale, témoignant d’un déchirement mémoriel et d’un nomadisme comme condition moderne de vie. Feodora touche plus qu’il n’impose un point de vue. Le projet critique se superpose alors avec un projet cinématographique pour la captation d’une crise de l’habiter palestinien qui surgit nécessairement du symbolisme intensif des œuvres contemporaines, témoignages d’une histoire qui manque, d’une histoire refusée, d’une histoire, finalement, conditionnée, à l’image des unités d’habituations de Bir Zeit, dans des espaces vides de sens et d’essences.

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