Ce foulard qui bouscule leurs standards

Jade El Ayadi Gaouaou | Ce 1er février marquait la journée mondiale du foulard musulman. Mais il n’y a pas besoin d’attendre le jour qui lui est dédié pour qu’il soit au centre des discussions.

    Le 18 janvier 2022, le Sénat votait un amendement proposé par Les Républicains, parti politique de droite. Cet amendement à la proposition de loi sur le sport, visant à démocratiser le sport, a été adopté à 160 voix sur 303. Il a pour but d’interdire le port de signes religieux ostentatoires lors d’évènements sportifs et de compétitions sportives organisées par les fédérations sportives et les associations affiliées. 

    Cette idée d’amendement n’est pas nouvelle. Les Sénateurs avaient déjà émis cette idée à l’occasion du projet de loi sur le séparatisme, l’été dernier. Proposition qui avait été rejetée par l’Assemblée nationale.

Le foulard musulman dans le collimateur 

    Derrière cette expression désignant les signes religieux ostentatoires, c’est le foulard musulman qui est véritablement pointé. Belkhir Belhaddad, député de la Moselle et responsable de la proposition de loi pour le groupe La République En Marche, l’a d’ailleurs affirmé : « Aucun accord avec le Sénat n’a pu être trouvé, en raison de divergences sur le port du voile dans des compétitions sportives ». 

    Le vote de cet amendement a soulevé une vague de dénonciations par un large public. L’association Alliance Citoyenne ( Sur instagram : @alliance_citoyenne_ )a lancé en juillet 2020 la campagne des « Hijabeuses » sur les réseaux sociaux avec le compte @leshijabeuses. L’Alliance Citoyenne est une association grenobloise qui organise le pouvoir citoyen des personnes concernées pour construire, par la non-violence, une société plus juste et démocratique, en réponse aux inégalités sociales. Les Hijabeuses sont donc un collectif de femmes portant le foulard, ou non, avec pour passion commune le football. L’objectif de cette campagne est de lutter pour que les femmes portant le foulard puissent faire du football en compétition, tout en conservant leur foulard lors des matchs officiels.

Entre fausse démocratisation du sport et fausses valeurs républicaines 

    On parle d’une proposition de loi visant à démocratiser le sport. Mais qu’est-ce que veut dire démocratiser le sport ? Rendre démocratique un sport ?

    La démocratie désigne littéralement une forme de gouvernement dans laquelle la souveraineté appartient au peuple. On pourrait alors parler d’une démocratisation du sport si, et seulement si, on laissait le peuple choisir ses conditions d’exercice. 

    Ensuite, il serait légitime de se demander si ces valeurs républicaines, si chères à la France, ne seraient pas hypocrites.

Liberté ? La liberté de s’habiller comme on le veut ne serait pas applicable aux femmes portant le foulard musulman.

    Égalité ? L’égalité dans le sport ne s’appliquerait pas aux femmes musulmanes.

    Et la fraternité ? La fraternité, elle, heureusement est présente. Ou malheureusement pour certains. Parce que ce sont plus de 50 000 personnes qui ont signé la pétition publiée par les Hijabeuses. Parce que ce sont des dizaines de milliers d’internautes qui montrent leur soutien sur les réseaux sociaux, notamment avec le hashtag #FootballPourToutes. Parce ce que la nouvelle génération ne compte plus rien laisser passer. 

La parole des concernées

    Alors pour commencer, et si on arrêtait de résumer les femmes aux vêtements qu’elles portent ? Que ce soit au quotidien, sur un terrain de foot ou sur une piste d’athlétisme ?

    À l’occasion de la journée mondiale du foulard musulman, Miana Bayani, autrice féministe, musulmane et engagée, a réalisé une publication sur Instagram visant à éduquer et renseigner le public sur le sujet. Son message est clair, précis et détaillé : il est préférable de parler du foulard musulman que du voile.

    Elle justifie son propos : « Une femme voilée serait une femme dont la seule et unique caractéristique est le vêtement qu’elle porte sur la tête. C’est un adjectif qui lui colle à la peau et très vite, elle n’est plus rien d’autre que ce qu’elle porte. Certains parlent même seulement de « voilées » et là, on élimine totalement la femme dont il est question : cette femme n’est plus qu’un vêtement et c’est facile de ne pas accorder de droits à un vêtement. »

Mais alors, que dire si on ne parle plus de « voile » ? 

    Miana Bayani répond : « c’est facile : on parle de foulard, car c’est tout bonnement ce dont il s’agit ! Il existe aussi le mot « hijab » qui veut dire « foulard » en arabe. »

    Elle-même femme musulmane subissant la violence de ces mots, elle exprime son ressenti : « À chaque fois qu’on parle de moi comme d’une « femme voilée », je me sens réduite à ce que je porte, invisibilisée derrière un vêtement, infantilisée dans les choix de vie que je fais. […] Je ne suis plus considérée comme une femme, ni comme un être humain. Je n’existe plus. »

    Pour finir, Miana Bayani conclut son propos sur un message universel de paix et de tolérance : « C’est l’occasion de rappeler que le foulard est un vêtement, pas un étendard, pas une provocation. C’est un vêtement que j’ai décidé de porter, suite à un cheminement spirituel qui ne regarde que moi. Par contre, ce qui nous regarde toustes, c’est la manière dont je suis discriminée à cause de mes choix vestimentaires. C’est un combat qui dénonce les injonctions sexistes imposant certaines tenues aux femmes et en interdisant d’autres. »

Au final c’est simple : on ne résume pas une femme à son foulard, à sa tenue, ni à son apparence en général. Chaque personne mérite considération, et cela, indépendamment de sa tenue vestimentaire, de son appartenance religieuse ou encore de son statut.

Pour approfondir le sujet, il est possible de consulter cet article rédigé par Miana Bayani sur le sujet : https://www.mianabayani.com/blog

1 commentaire

  1. bonjour
    merci pour cet article qui nous rappelle qu’il serait toujours bon de demander l’avis des premier.es concerné.es.
    Malheureusement, des siècles de colonialisme nous rappellent aussi que la france et des français pensent que leur avis est meilleur que celui des autres, qu’ils savent mieux que eux ce qui leur est bon, qu’ils éclairent le monde,
    Par la force si nécessaire.

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