Léon LAGUENS | Cinéma, reportages, photographies: la culture populaire a largement façonné notre représentation de la prison. Si l’univers carcéral évoque pour la plupart d’entre nous un lieu sombre, dur et austère, certains ont le sentiment que le système, en France notamment, n’est pas assez sévère.
Ce débat dépasse largement les frontières françaises. Au Salvador, en 2019, l’arrivée au pouvoir du candidat d’extrême droite Nayib Bukele a complètement divisé l’opinion publique occidentale. D’un côté, sa politique d’incarcération de masse, qui s’est traduite par une chute drastique de la criminalité, suscite l’admiration. De l’autre, certains se montrent sceptiques et critiques face à ce modèle. C’est le cas de nombreuses organisations non gouvernementales, telles que Amnesty International, qui dénoncent notamment des arrestations arbitraires, de la torture et des décès en détention. En juin dernier, le président du Rassemblement National Jordan Bardella avait exprimé son admiration pour le modèle de Nayib Bukele et avait fait comprendre que les conditions de détention ne faisaient pas partie de ses préoccupations.

Dans le débat politique français, la prison est souvent présentée comme insuffisamment sévère. Le cliché récurrent de la comparaison Prison – Club Med et les sorties de certaines personnalités politiques, le plus souvent d’extrême droite, ces dernières années, pourraient laisser penser que le système carcéral est trop souple. En 2022, après l’organisation d’une activité karting par la prison de Fresnes, Nicolas Dupont-Aignan, président du parti Debout la France, classé à droite voire à l’extrême droite de l’échiquier politique, déclarait : « Avec Macron, la prison est devenue le Club Med ». Eric Ciotti, aussi situé à l’extrême droite depuis les élections législatives de 2024 avait quant à lui tweeté: « Nos prisons ne sont pas des colonies de vacances ».
À l’inverse, certaines personnalités de gauche ont défendu cette initiative en rappelant les conditions de détention. Louis Boyard, député LFI, déclarait: « Dans la prison de Fresnes, les aliments pourrissent à cause de la chaleur, (…) l’accès aux douches n’est pas quotidien, le bâtiment de 124 ans est insalubre. Vous avez abandonné cette prison. Laissez les associations y ramener un peu d’humanité. »
En 2025, une enquête du journal Le Monde mettait en évidence les conditions de détention et de travail du personnel pénitentiaire particulièrement difficiles entre insalubrité, surpopulation et infestation de nuisibles.
Si l’on s’en tient aux chiffres, en 2026, la France compte près de 90 000 personnes détenues pour environ 63 000 places opérationnelles. Le taux d’occupation dépasse par conséquent 140 %. Certaines maisons d’arrêt avoisinent même une densité de plus de 170 %.

PHILIPPE LOPEZ / AFP
La réalité documentée des prisons françaises semble donc bien éloignée de l’image du « Club Med » diffusée par certains médias.
La prison a pour objectif de sanctionner une infraction et de protéger temporairement la société de personnes susceptibles de représenter un danger. Sur le plan de la justice, une condamnation constitue aussi une forme de reconnaissance pour les victimes.
Mais pour l’écrivaine et militante étasunienne Angela Davis, la prison ne traite pas les causes profondes du crime. Dans son ouvrage La prison est-elle obsolète, paru en 2003, elle défend l’idée selon laquelle l’éducation, la prévention ou encore la justice réparatrice devraient être privilégiées.
Si l’abolition semble peu envisageable au sein de nos sociétés à moins de refonder le système dans son ensemble, s’impliquer davantage dans la prévention du crime par des actions sociales et éducatives mais aussi par une meilleure politique de réinsertion pourrait en effet permettre de faire avancer la situation. L’emploi, le logement ou encore l’accompagnement social doivent être considérés afin de limiter le risque de récidive et faciliter le retour dans la société.
Il convient aussi de se demander quelles peines nécessitent réellement l’incarcération et de développer des alternatives lorsque cela est possible.
Finalement, la question n’est peut-être pas de savoir si la prison est assez dure, mais surtout de savoir à quoi elle doit servir: garantir la dignité des détenus, souvent déshumanisés dans le débat public, tout en répondant aux attentes des victimes.
Reste à voir si la campagne présidentielle permettra de poser le sujet sur la table et de réfléchir collectivement à des mesures concrètes pour améliorer la situation carcérale.
Sources:
« «Kohlantess» à la prison de Fresnes : «Jamais je n’ai été informé» assure Éric Dupond-Moretti », Dinah Cohen, Le Figaro, 23 août 2022
« Pourquoi les méga-prisons du Salvador deviennent un modèle pour de nombreux responsables politiques de droite à travers le monde », Norberto Paredes, BBC News Afrique, 9 juillet 2026
« « Tortures » et « traitements inhumains », une « pratique systématique » dans les prisons du Salvador, selon une ONG », Angeline Montoya, Le Monde, 15 juin 2023
La prison est-elle obsolète ?, Angela Davis, 2003
« Faut-il abolir le système pénal ? », Quentin Lafay, radiofrance, 12 février 2025
« Plongée dans l’enfer de la prison de Fresnes : « On est encore dans les années 1800 » », Olivier Faye, Le Monde, 13 juin 2025
« Surpopulation carcérale : au 1ᵉʳ mai, les prisons françaises abritaient 88 654 détenus, un nombre inédit », Le Monde avec AFP, 30 mai 2026
« Statistiques mensuelles de la population détenue et écrouée », Ministère de la Justice, 31 août 2026
