BOIVIN Philomène|Lundi 28 septembre 2026, journée internationale du droit à l’avortement, le Planning Familial a publié son second baromètre sur l’accès à l’avortement en France depuis l’entrée du droit à l’IVG dans la Constitution, les résultats sont alertants : le parcours se fait progressivement plus épineux.

Citoyennes et citoyens se battent depuis des décennies pour un accès libre à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) en France et ailleurs. Le 17 janvier 1975, la loi Veil était promulguée pour dépénaliser l’avortement en France, et il y a deux ans de ça, le 8 mars 2024, la France devenait le premier pays au monde à inscrire dans sa Constitution la liberté de recourir à l’avortement.
Si sur le papier la loi progresse, la réalité est toute autre.
Un premier obstacle se trouve directement dans la loi ajoutée à la Constitution. Comme l’explique Brut, cette dernière comprend une clause de conscience permettant au personnel médical de refuser de pratiquer un avortement. Selon la dernière enquête du Planning familial, 50% des femmes indiquent qu’un·e professionnel·le leur a refusé l’accompagnement pour l’intervention, un chiffre qui à presque doublé depuis 2024 où elles étaient 27% à rapporter ce fait. Par ailleurs, il est davantage compliqué d’obtenir un rendez-vous pour faire recours à une IVG. L’accès à l’avortement est entravé par des obstacles externes réels, le manque de personnel et de strucutres, menant à un engorgement des services. D’après la même étude, « 3 femmes sur 4 ayant avorté dans un établissement de santé ont attendu plus de 7 jours pour obtenir leur rendez-vous, contre 54% en 2024 ». Tandis que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) range les délais d’attente obligatoires parmi les « obstacles politiques inutiles ». Un obstacle qui déjà en 2022, si on en suit les nouvelles lignes directrice publiées par l’organisation, visait à être supprimé.
Les freins à l’avortement, aussi ancrées dans le quotidien des femmes.
Si en 2026 les langues se décèlent autour de la question de l’avortement, cela ne veut pas dire que les pressions de l’entourage ou de la société pertent de leur importance. Le baromètre du Planning familial révèle que les femmes ayant avorté classent elles-mêmes la pression comme première entrave à l’accès à l’avortement. Selon leur enquête, qu’il s’agisse d’une pression à avorter (65%) ou à ne pas avorter (62%), environ 2 femmes sur 3 font face à ces intimidations. Le jugement et la peur du jugement restent donc d’importants facteurs dissuadant et contribuant à la construction d’un tabou autour du sujet.
Une avancée à mettre en perspective.
Le baromètre montre également que depuis la loi de 1975, la législation quant à l’IVG a indéniablement apporté du progrès et changé les mentalités : 82 % des femmes ayant avorté en ont parlé avec leur famille, 80% avec leur amis·es, et 80% des français·es estiment l’accès à une IVG en France facile. Pourtant, ce droit reste remis en cause. Le 15 septembre 2026, RadioFrance mentionnait l’inauguration d’une exposition anti-avortement au Parlement européen de Strasbourg portée par le groupe ECR (Conservateurs et réformistes européen) et l’association italienne Pro Vita & Famiglia. Une opposition dont certains sont d’ailleurs conscients: en 2026 36% de la population française pense que le droit à l’avortement reste susceptible d’être remis en cause dans le futur, une inquiétude qui, chez les femmes ayant eu une IVG, touche jusqu’à 56% d’entre-elles. Deux ans après l’entrée du droit à l’avortement dans la Constitution, le baromètre publié par Planning familial met ainsi en avant une cause pour laquelle il est encore nécessaire de se battre.
Pour plus de détails, voici le lien pour consulter le 2ème baromètre du Planning familial où se trouvent tous les chiffres mentionnés dans l’article : https://www.planning-familial.org/fr/le-planning-familial/deuxieme-barometre-sur-lacces-lavortement-en-france-3051.
