Arts & cultures/Théâtre & spectacles

Criminel : un thriller divertissant mais perfectible

E.C. | Avec Criminel de Yann Reuzeau, inspiré de faits divers qui ont récemment ébranlé l’opinion publique, La Manufacture des Abbesses invite à suivre des personnages dans leur confrontation avec un passé que certains auraient préféré oublier. 

Pour avoir assassiné son père et être suspecté d’avoir plongé sa sœur Camille dans le coma en la frappant, Boris est condamné à quinze ans de prison. Camille, son mari Xavier et Manon (ancienne compagne de Boris), ont chacun retrouvé un équilibre qui s’avère être précaire lorsque la peine de l’assassin est enfin purgée. La volonté d’oublier de certains ne pouvant s’accorder avec la hantise des autres, les divisions s’avèrent inévitables lorsque chacun défend sa vision de la justice au nom de sentiments toujours aussi vifs quinze ans après que la sentence ait été prononcée. En alternant les scènes appartenant au passé et au présent, le metteur en scène nous laisse peu à peu découvrir l’histoire dissimulée derrière cet assassinat qui ne semble qu’être l’aboutissement d’un processus fatalement engagé depuis toujours. Le retour de Boris délie les langues maintenues silencieuses depuis son incarcération et dès lors le tort ne semble plus revenir uniquement à celui qui a purgé sa peine.

La représentation : le maintien du suspense à travers le temps

Pour la mise en scène de son texte, Yann Reuzeau semble avoir pris le parti d’instaurer une atmosphère aussi intimiste qu’inquiétante en maintenant le suspense : que s’est-il réellement passé, le soir où le père de Camille et Boris est mort ? Si certains estiment que ces interrogations appartiennent au passé et qu’il faut accorder une seconde chance à Boris, d’autres sont toujours hantés par l’incertitude. Les décors contribuent à instaurer cette atmosphère : les acteurs évoluent sur une plate-forme circulaire en bois, autour de laquelle des planches de tailles variées pivotent – pendant les ruptures musicales séparant deux scènes – de manière à représenter différents lieux. Cette installation épurée mais polyvalente permet une projection aussi esthétique que crédible sans faire d’ombre au texte, élément central de la représentation. Par ailleurs, cette utilisation d’un espace restreint alors que le reste de la scène est plongé dans le noir symbolise efficacement l’enfermement de ces personnages, en proie aux fantômes de leur passé.

Mais en dépit de ces éléments, le résultat reste mitigé. La situation exige que les personnages s’expliquent, naturellement, mais la succession ininterrompue de dialogues conflictuels pendant une heure et demi entraîne un sentiment de lassitude, d’autant que certaines longueurs auraient pu être évitées. Le potentiel des comédiens s’égare malheureusement dans une légère tendance à surjouer, aussi bien dans la parole que dans la gestuelle, mise à part Noémie Daliès qui a su incarner le personnage de Manon avec beaucoup de présence et de justesse. Si les efforts déployés pour maintenir le suspense sont indéniables, ils n’en sont pas pour autant suffisants… L’histoire peut être anticipée, aussi bien concernant la mystérieuse nuit du crime que le prévisible dénouement heureux quinze ans plus tard.

En définitive, Criminel est un bon divertissement pour les amateurs d’intrigues et de textes contemporains qui savent être proches du quotidien de ses spectateurs.
Vous pourrez assister à la pièce jusqu’au 20 décembre pour 13€ (tarif étudiant) à cette adresse : http://www.manufacturedesabbesses.com/reservations/criminel/

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