Arts & cultures/Cinéma & films

Jeune femme

Tess Noonan ∣ Le 1er novembre est sorti Jeune femme de Léonor Serraille. Dans ce film, l’héroïne se sent « nostalgique d’expériences qu’elle n’a pas vécu ». C’est à mon goût la plus belle phrase du film de Léonor Serraille et celle qui récapitule le positionnement de notre héroïne, qui semble toujours se trouver « à l’extérieur », en marge, et ce, même de sa propre vie.

Cette jeune femme en question c’est Paula, incarnée par la remarquable Laetitia Dosch. Elle est une  jeune trentenaire qui vient de terminer une relation de dix ans avec un homme plus âgé, et qui se voit contrainte de repartir à zéro.

Jeune femme saisit alors l’instabilité, l’angoisse et la brutalité de vivre sa vie dans le monde d’aujourd’hui, où la différence se fait de plus en plus marginaliser. C’est en effet en se fracassant la tête contre la porte d’entrée de son ex, finissant à terre, inconsciente et ensanglantée que Paula fait son entrée dans le film. Nous voyons parfaitement comment Paula a du mal à internaliser les codes et injonctions d’une société de plus en plus libérale. Il suffit de la voir passer un entretien d’embauche pour un poste de vendeuse (dans un bar à culottes !). Paula s’efforce d’être « professionnelle » mais déborde forcément du cadre qu’on lui impose. Le résultat est souvent drôle, burlesque, mais nous laisse aussi avec un sentiment de malaise, qui tend à remettre en question les processus d’identification que nous impose la société.

Car Jeune femme semble aussi préoccupé par cette question : qui est-on vraiment quand on est une jeune femme aujourd’hui en 2017 ? Le film est traversé par cette quête identitaire. Paula qui ne peut plus se définir par sa relation, semble être en recherche perpétuelle d’elle-même. C’est un personnage polymorphe qui semble se réinventer sans cesse. Paula est donc une femme désirée, une hystérique, une amie, une vendeuse, une baby-sitter, une patiente, une fille, et, surtout irréductiblement elle-même. C’est sans doute ce qui est le plus bouleversant dans le film de Serraille : voir ce personnage garder son intégrité face aux épreuves de la vie, aux diktats, aux règles de la société qui nous conditionnent, et qui surtout, figent nos rapports avec les autres.

Ainsi, si le film débute avec un sentiment de flottement et de vertige intense qui miroite la précarité de Paula et son vide émotionnel de par sa rupture,  il fait instance de chaleur humaine en montrant les liens que Paula tisse avec les autres, passant toujours outre les règles de bienséance. Je pense notamment à une scène très touchante entre Paula et son médecin. Prenant comme prémisse un rendez vous chez son médecin, le film déconstruit le rapport médecin-patient en montrant comment Paula considère son médecin avant tout pour ce qu’elle est, une femme qui ne semble, au fond, pas si différente d’elle. Les visages sont alors filmés de près, et mettent en lumière la réciprocité qui opère entre les deux femmes.

Jeune femme bouscule les codes, et pose un regard singulier et humain sur la société d’aujourd’hui à travers le portrait de son héroïne.

 

Léonor Serraille, ancienne étudiante de Paris-3 était présente jeudi 30 novembre à l’université pour parler de son film.

 

 

 

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