Atelier créatif étudiant/Vos textes

L’autre et les autres

Albien Gakegni ∣ Il est une rare conception qui existe sur le rapport entre les termes « l’autre » et « les autres ». Si je suis « moi », l’autre est mon proche. Il est mon coéquipier, mon semblable, comme à l’image de la femme pour l’homme ou du prochain pour le croyant. 

L’expression « les autres » cependant, renvoie dans son sens au pluriel, à une catégorisation, ou mieux, à une généralisation qui regroupe à la fois « l’autre » et « autrui ». Autrui qui n’a de sens que lorsqu’il est compris comme celui qui ne me ressemble pas forcément. Il peut être un objet ou un autre sujet dont la conscience est mon opposé et dont l’esprit n’est pas similaire au mien. « Les autres » renvoie ainsi à la pluralité de consciences dans laquelle celle de l’autre est intégrée. Je veux dire ici qu’une partie de moi se retrouve en dehors de moi par la présence du second moi, que j’appellerai le « moi externe » pour le différencier du « moi interne ».Mais il est à croire tout de même que tout ceci se passe en moi seul, me reconnaissant comme étant un sujet dont la complexité réside également dans l’ensemble d’instances que je représente naturellement.

Le moi et l’autre sont des définis. On dit aussi bien « le moi » que « l’autre ». Ils ont tout naturellement une sorte de lien de rapprochement immédiat. Mais « autrui » est une identité non-définie. Il s’appelle simplement « autrui » et ne porte aucun élément de définition au préalable pour sa désignation. Lorsqu’on parle des autres on parle de l’association de « l’autre » avec « autrui ». Un ensemble qui prend souvent le sens d’une entité hostile au moi.

Un tour dans la Genèse nous donnera un éclaircissement sur ce sujet. L’homme représentait bien ce « moi » dont nous parlons ici. L’identité de la femme était bien celle de « l’autre » c’est à dire son semblable, l’être dont la caractéristique est la plus proche de la sienne. Et le serpent quant à lui n’était rien d’autre qu’ « autrui ». Le dénouement de cette histoire nous montre – par la tragique fin qui a condamne l’homme au désenchantement – que le rapport entre « le moi » et « l’autre » est un rapport qui change de forme lorsque la présence d’autrui est remarquable. Il est sympathique lorsque « l’autre » est lié directement au « moi » et à lui seul. Par contre, il devient antipathique, lorsque la présence étrangère s’observe entre les deux. Je parle ici d' »autrui » qui s’intercale entre « le moi » et « l’autre ». Cela dit, je vais tâcher donc de m’expliquer. Lorsque l’homme est interpellé par son maître-créateur, voici sa réponse: « c’est la femme que tu m’as donné ». Et au tour de la femme de dire: « C’est le serpent qui m’a menti ». Le « moi » en situation de défense dénonce « les autres » comme « responsables » de son malheur.

Je ne voudrais pas ici consacrer des lignes sur l’hypothèse d’un existentialisme chrétien. Mais montrer simplement combien il est possible de croire que cette vérité qui a influencé toute la philosophie antique, a pu peut-être aussi avoir une influence sur celle de Sartre. Ce qui l’a amené à sa célèbre formule « l’enfer c’est les autres ».

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