Arts & cultures/Théâtre & spectacles

La Cerisaie, un vaudeville comique mais émouvant

Emma Caputo | Du 5 au 24 mars 2018, Christian Benedetti achève la tournée de la Cerisaie au Théâtre-Studio d’Alfortville. Lioubov s’est absentée de Russie pendant cinq ans suite aux décès successifs de son époux et de son fils. Délaissée par son amant, elle revient à la Cerisaie en compagnie de sa fille Ania. Dépensière incorrigible et criblée de dettes, elle tente de trouver une solution pour éviter de placer le domaine familial aux enchères.

La Cerisaie de Benedetti, ou le respect des volontés de Tchekhov

Si dès Stanislavski les metteurs en scène ont eu tendance à donner aux œuvres de Tchekhov des allures de tragédies, certains restent fidèles aux volontés de l’auteur qui qualifiait ses œuvres de comédies, au risque parfois de basculer dans la caricature. Christian Benedetti a relevé le défi et a brillamment contourné un semblable écueil. La pièce ainsi montée telle un vaudeville ne perd pourtant rien de son aspect émouvant.

En effet, le metteur en scène a pris le parti de faire usage de la diversité des personnages pour permettre à certains de créer l’effet comique tandis que d’autres sont destinés à nous émouvoir. Si la plupart des personnages sont nuancés, empêchant ainsi de basculer complètement dans le comique ou le tragique, d’autres se complètent et, par des effets de contrastes, animent d’humour une œuvre qui n’en est pas moins touchante. Nous pouvons à titre d’exemple nous attarder sur Jean Pierre Moulin, l’interprète de Firs, un serviteur âgé de la Cerisaie dont les perpétuels marmonnements et l’air hagard que lui doit sa vieillesse créent un effet comique des plus réussis. Inversement, Hélène Viviès incarne Varia, fille adoptive de Lioubov, avec une justesse poignante. Aussi bien lorsqu’elle prend la parole que lorsqu’elle reste silencieuse, Varia semble se laisser perpétuellement happer par l’infinie tristesse qui la caractérise et l’interprète offre ainsi à ce personnage complexe l’émouvante profondeur qui lui est propre. Le rassemblement de tous ces caractères – aux interprètes talentueux – si singulièrement différents permet d’accéder à un comique qui n’entrave en rien l’émotion Tchekhovienne.

Les décors sont également très adaptés à l’œuvre de Tchekhov. En effet, le choix du lieu de la représentation est déjà particulièrement pertinent : le Théâtre-Studio d’Alfortville nous plonge dans une atmosphère intimiste en harmonie avec celle de la pièce. Les poutres, les murs sans revêtement sont autant d’éléments qui peuvent apparenter le lieu à une maison laissée à l’abandon et qui, ainsi décorée de meubles vieillissants de la Cerisaie, représentent justement l’état de cette demeure ancienne sur le déclin. Rien n’instaure de limite entre la scène et la salle si ce n’est la présence de gradins où prennent place les spectateurs, si bien qu’ils peuvent avoir eux-mêmes la sensation d’appartenir à la Cerisaie et sont-ils ainsi plongés dans la pièce ; effet accentué par les multiples apartés des personnages, qui brisent régulièrement le quatrième mur pour le rétablir aussitôt. Ainsi happé dans la Cerisaie, le spectateur ne peut que ressentir la volonté du metteur en scène de faire du domaine un personnage à part entière.

Ne manquez pas cette réussite et réservez vos places jusqu’au 24 mars à partir de 15€ sur le site internet du Théâtre-Studio d’Alfortville !

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