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Big Brother… dans ta carte bleue ?

Sarah Chopin  | Que penses-tu de l’impact des technologies sur notre vie ? Ton smartphone et toi : inséparables ou ennemis jurés ? Es-tu plutôt aficionado d’Amazon ou préfères tu boycotter ce monstre du commerce en ligne ? Voici le genre de questions auxquelles il nous était donné de répondre, lors de l’atelier d’éducation populaire organisé par Anaïs et Mélissa, metteurs en scène et auteurs de la compagnie La Sticomiss. L’atelier a été proposé dans le cadre de la carte blanche donnée aux compagnies du dispositif Acte&Fac organisée par le service de la Sorbonne nouvelle entre le 5 et le 10 mars.

Partant du principe que nous avons tous des savoirs, résultant de nos diverses expériences, l’éducation populaire est un concept qui propose un apprentissage mutuel et horizontal ( = tout le monde contribue à la diffusion du savoir), pour aboutir à un regard différent sur un sujet de société. Le résultat : une heure et demie de partage de savoir et de réflexion autour du thème de la surveillance et des technologies.

Plusieurs thèmes ont été abordés durant cette séance, au cours d’un « jeu d’images » : Chaque image qui nous est montrée représente un objet (smartphone, cookies, GPS, carte bancaire…). À nous de dire si on le considère comme un obstacle ou une liberté.

Le premier objet provoque déjà des dissensions : un GPS ? Plutôt une liberté, non ? De prime abord, si l’on pense à cet objet, c’est par son côté fonctionnel, et donc son impact positif sur notre vie. Pourtant, Anaïs, une des organisatrices, s’en fait une tout autre idée : « Je le considère comme un obstacle. Un GPS fonctionne par satellite, ce qui implique quon peut me géolocaliser. Je nai pas envie quon me géolocalise dans une manif, par exemple. »

La caméra de surveillance, elle, fait plutôt consensus. Un outil dont le but affiché est la sécurité des citoyens mais qui « est surtout un outil de contrôle » d’après Marie, une des participantes de l’atelier. « Généralement, les plaintes naboutissent pas. Un jour, on ma volé mon iPhone, on a repéré le type sur caméra de surveillance, mais on ma quand même dit quon ne pourrait retrouver mon téléphone ».

D’ailleurs, Marie n’a plus de smartphone : « Maintenant, j’ai un téléphone pour appeler, recevoir des textos, et c’est tout. En vacances, je le coupe complètement. » Pourtant, les applications mobiles, ne sont si mauvaises. « C’est pratique, c’est du divertissement », confirme Mélissa, l’autre organisatrice. Oui mais « les applications ont accès à l’intégralité de nos photos, messages et contacts » rétorque Anaïs. Et c’est bien là tout le problème. Car que deviennent nos données une fois qu’elles sont à la disposition des grandes entreprises ? Qu’est-ce qui nous permet de savoir qu’elles ne sont pas revendues à des personnes mal intentionnées ?

Si vous pensez que vos données personnelles n’intéressent personne, détrompez-vous. De plus, habiter dans un État dit démocratique n’empêche pas certaines dérives liberticides, si ce même État juge ses intérêts en danger. Ainsi l’exemple d’Anaïs est-il particulièrement probant : « Si tu vas à telle manifestation, ils peuvent le savoir. À cause de ça, il y a de nombreux militants qui sont assignés à domicile parce qu’on a considéré qu’ils manifestaient trop. »   

On retrouve ce fil rouge des données collectées, tout au long de l’atelier, à propos d’objets que l’on aurait d’abord qualifié d’« inoffensifs ». Prenons l’exemple des cartes bleues. Très utiles, ces petits rectangles format poche ont révolutionné nos façons de consommer. La majorité des achats s’effectue désormais par carte bleue, et son détenteur peut visualiser quotidiennement, via le site internet de sa banque, le solde de son compte. Anaïs est plutôt d’accord « Je lai longtemps utilisé parce que ça me permettait de savoir ce que jachète ». Mais voilà, « La carte bleue, cest une puce. Ton banquier peut tout savoir de tes achats. Maintenant, je ne lutilise plus. »

Rien ne nous est donc épargné : GPS, achats en ligne, applications mobiles, carte bancaire, stockage en ligne ou encore moteurs de recherche ; tous ces outils qui ont simplifié notre quotidien semblent se retourner contre nous. Chaque achat, chaque photo postée sur les réseaux sociaux, chaque commentaire laissé sur un site internet est collecté et utilisé par des grandes entreprises aux pratiques peu transparentes.

Faut-il donc se débarrasser de tous ces objets ? Peut-être vaudrait-il mieux penser à des alternatives. Certaines existent déjà, comme le moteur de recherche Qwant qui se targue de protéger « la vie privée de ses utilisateurs, en ne collectant strictement aucune donnée personnelle lors des recherches. »

Pourtant malgré l’urgence, la majorité reste silencieuse. Nous ne sommes pas descendus dans la rue lorsque le gouvernement à fait passer en douce le 24 juillet 2015 sa fameuse loi renseignement, qui renforce les moyens des services de renseignement français, au nom de la lutte contre le terrorisme :   écoutes des communications téléphoniques, pose de micros dans un appartement ou un véhicule… Vous n’êtes pas concerné, me direz vous, car vous n’avez rien à cacher.  « Ce n’est pas qu’une question de n’avoir rien à cacher, répond Mélissa, c’est une question d’atteinte à notre vie privée, qui est une liberté fondamentale. »

La Sticomiss présentera son nouveau spectacle Lisa, une réflexion sur la place des femmes dans la société, au festival Acte&Fac au Théâtre de la Bastille du 21 au 23 juin 2018.

La compagnie participe également au Festival À Contre Sens de l’ATEP3,
sur le campus Censier, les 14 et 23 mars 2018.

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