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Quand le Collectif Là-Bas parle de Mysterioso-119

Albien Gakegni | Toujours dans le cadre de  la carte blanche donnée aux compagnies du dispositif Acte&Fac qui a eu lieu à la Sorbonne Nouvelle début mars, le  Collectif Là-Bas  nous présenté Mysterioso 119, une pièce écrite par Koffi Kwahulé en 2004. L’univers de la scène est semblable aux coulisses d’un asile psychiatrique. L’émotion suscitée par la comédienne place le spectateur au centre d’une réflexion sur la responsabilité individuelle. Tout s’est terminé avec un monologue qui cherche des points de rupture par le silence et le soufflet qui coupe la parole en deux. 

Mais que savoir de ce que pense le Collectif Là-Bas en interprétant cette belle œuvre ? En tant que rédacteur chez Nouvelles Vagues j’ai rencontré Salomé Soares, metteur en scène.

Salomé Suarès : Pour la carte blanche, nous avons choisi de présenter une répétition ouverte du spectacle Mysterioso 119 qu’on monte cette année. C’est une pièce de théâtre de Koffi Kwahulé qui se passe dans une prison pour femmes. On a présenté des extraits de scènes à travers des exercices avec trois comédiennes. Il y avait Marie Benati, Pauline Assenard et Amélie Charbonnier. On a travaillé avec des exercices différents, et on a invité le public à échanger avec nous  sur l’avancée du travail. Et puis, quand Amélie est arrivée, on a travaillé assez rapidement son monologue.

Que veut dire Misterioso ? Pourquoi 119 ?

C’est le titre de la pièce. Et en fait, c’est parce que c’est un rappel du morceau de jazz Misterioso de Thelonius Monk. Koffi Kwahulé est très imprégné par le jazz, toute l’histoire du jazz. Et en même temps qu’il écrivait cette pièce il écoutait, un peu en boucle, le morceau Misterioso de Thelonius Monk. C’est pour ça qu’il y a des rappels aussi de ce morceau dans la pièce. Et 119 je crois que c’est parce que c’est le numéro d’urgence, inversé, aux Etats-Unis. Et en fait y a un gros passage qu’on a coupé dans la pièce, qui parle des tours jumelles, des attentats etc. Donc c’est un mélange entre les deux.

Pourquoi le « Collectif Là-Bas » ?

C’est par rapport à un livre de Richard Peduzzi qui s’intitule Là-bas c’est dehors, et qui  parle de sa mère qui était en prison. Il est scénographe. Et comme je suis intéressée par la scénographie, les changements d’espace… je trouvais que « là-bas » c’était bien, c’est court. Ce n’est pas un nom à rallonge comme le théâtre de je-ne-sais-pas-quoi. Et je trouvais que c’était facile à écrire, même avec des hashtag.  

Qu’est-ce que l’on peut retenir de l’imaginaire de ce spectacle ?

Je pense que ce serait plutôt un message artistique dans le sens où j’essaie de travailler sur une esthétique visuelle des couleurs, de lumière. On a joué en décembre dans une galerie et ce qui m’intéressait c’était d’avoir les murs complètement blancs, aseptisés, qui du coup sont à cheval entre la prison et l’asile psychiatrique. Et les comédiennes sont toutes habillées en bleu. Au début je voulais que ce soit du rouge, mais j’ai trouvé que c’était un peu trop violent, visuellement. Et concernant les lumières, on essaie d’utiliser  des LED, en tout cas des lumières très très froides.

 

A quoi servait le cercle au milieu de la scène?

C’était pour un exercice ; lorsque la comédienne était à l’intérieur du cercle, elle jouait de manière très exacerbée et tout ressortait comme si elle bouillait de l’intérieur, et dès qu’elle était à l’extérieur c’était  un jeu neutre, le plus neutre possible. C’est pour travailler les ruptures, les tensions entre les personnages, qu’est-ce que ça provoque quand elles sont toutes les deux dans des tensions énormes ou alors toutes les deux neutres.

 

Envisagez-vous d’introduire un concept nouveau dans le théâtre à travers cette mise en scène un peu particulière de Mysterioso 119 ?

Artistiquement, oui j’espère. Comme je suis encore jeune je ne sais pas tout à fait comment apporter ma pâte d’artiste. Je pense que c’est important de ne pas faire les choses qui ont déjà été faites. La chose sur laquelle on travaille avec Mysterioso 119, c’est que le spectacle puisse  être joué n’importe où ; du coup on retravaille à chaque fois le nouvel espace dans lequel on joue. La première fois qu’on l’a jouée, c’était en quadri-frontal – en ring – et les comédiennes  étaient au centre des spectateurs. Quand on l’a jouée à la galerie, il y avait des espaces différents, mais les spectateurs étaient seulement en frontal. Dans mon travail, ce que je trouve intéressant, c’est de garder un aspect performatif. L’idéal est de toujours renouveler, et non pas que la pièce  s’installe dans quelque chose de fixe.

Pensez-vous qu’il existe un pont entre asile psychiatrique et exil ?

A la base j’ai choisi ce texte parce que ça parlait d’un univers que je ne connaissais pas. J’étais assez fermée à tous les films sur la prison, l’hôpital… Et du coup ça m’a permis de rentrer dans un univers qui n’était pas du tout le mien. Je pense qu’entrer dans un lieu hétérotopique de fait, c’est un exil en soi ; puisqu’on quitte « l’espace public » pour entrer dans un autre espace qui est public, mais qui est assez différent.

Comment se fait l’interaction entre les comédiennes et le public ?

On n’a pas réellement d’échange. En fait, pendant les deux monologues où les personnages parlent assez crûment du meurtre qu’elles ont fait et pourquoi elles sont là – à savoir l’infanticide et  la nana qui a tué son mec en le poussant sous un métro – à un certain moment, il y a une adresse au public. Dans mon travail je cherche aussi un peu le malaise chez le spectateur. Et c’est pour ça que par exemple elle s’adresse au public en disant « je suis innocente… j’ai rien fait… ». Parce que je veux aussi mettre le spectateur face aux interdis moraux et sa propre considération. Quand on est passé du carré au frontal, ce qui m’a intéressé c’était d’avoir deux murs différents. Il y avait un mur derrière les comédiennes qui était infranchissable de fait, et un autre mur infranchissable, mais de tête, c’est-à-dire le spectateur. Elles peuvent très bien le traverser, mais inconsciemment ce n’est pas possible. Je voulais tester ce que ça fait d’avoir deux murs et pas qu’un mur de spectateurs. L’échange se fait en fonction de l’espace qu’on a.

Riche et très particulier dans l’ensemble de son déroulement, cet atelier a permis à tous les spectateurs de découvrir ce qui se prépare dans les coulisses de ce groupe d’artistes talentueux. J’ai su bénéficier de quelques enseignements, et  la portée sociale de ce travail de scène m’a profondément intéressé et m’a convaincu de sa nécessité.  

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