Art abstrait et Abstraction littéraire

Albien GAKEGNI (Extrait de Le double du monde, essai) | On attribue généralement la paternité de l’art abstrait à Kandinsky. En effet, grâce à ses multiples voyages en occident, surtout à Paris, il sera marqué par différentes formes d’art, notamment par celle de Monet. Impressionné très vite par l’incroyable magie des couleurs, il les considérera comme l’origine des émotions de l’homme. Le traité des couleurs de Goethe dont il s’inspirera, l’amènera à outrepasser la simple dimension artistique pour atteindre ce qu’il appellera « le spirituel dans l’art ». C’est donc avec la peinture de l’arc noir en 1912 qu’il montrera son intérêt pour l’effervescence de l’âme au détriment de la réalité physique. Ce qui va marquer entre autres ses débuts dans l’art abstrait.  

Ce peintre célèbre nous présente un travail qui émerveille le monde des arts et de la peinture. Jean Mineraud souligne trois principes dans le mode de création de Kandinsky, à savoir : l’artiste se doit d’exprimer ce qui est propre à lui, l’artiste se doit d’exprimer ce qui est propre à son époque, et l’artiste se doit d’exprimer ce qui est propre à l’art. Ce qui est propre à l’artiste renvoie décidément au ressenti c’est-à-dire au sentiment intérieur de l’individu. Ce qui est propre à son époque renvoie à la situation que traversent les hommes à une époque précise de l’histoire. Et ce qui est propre à l’art c’est l’imagination  ou l’invention. On peut voir ici dans quelle mesure le pinceau du peintre abstrait peut être comparable à la machine à écrire pour l’écrivain. 

Kandinsky nous parle aussi des tendances constructivistes de la peinture, de la composition mélodique et de la composition symbolique, pour conclure que l’art est le seul langage que l’âme puisse entendre. Mais comme le langage de l’âme n’est pas celui de la langue, il se produit donc un autre phénomène à savoir la transcription. Autrement dit, le cerveau devient l’appareil qui permet à l’écrivain d’interpréter ou de décrypter le langage de l’âme pour permettre à l’écriture de prendre la forme qu’elle veut. 

On ne doutera pas que ce sont souvent des critiques qui orientent le message d’un texte vers une thématique donnée, alors que dans le fond de la pensée de l’auteur, une autre interprétation reste néanmoins possible. Avec Kandinsky, comme affirme Jean Mineraud « cet art nouveau est fait d’une combinaison inédite de couleur et de forme qu’on appelle l’abstraction ». Mais qu’est-ce donc que l’abstraction ? Pourquoi une forme nouvelle?  

L’abstraction, une pratique littéraire

L’abstraction est définie, selon le dictionnaire philosophique, comme une opération de l’esprit par laquelle les propriétés générales universelles ou nécessaires d’un objet, sont distinguées de ses propriétés particulières. Il faut aussi préciser que ce n’est pas une séparation qui s’opère à l’intérieur même de la matière, mais plutôt une distinction faite par l’observateur, celui qui fait une interprétation à partir d’un raisonnement personnel qui lui impose l’extraction de certains éléments importants. 

En effet, après la biographie – qui relatait la vie d’une autre personne -, on a assisté à la naissance de cette écriture magnifique que l’on appelle l’autobiographie avec Ma vie ou les chants à une voix de Guibert de Nogent en 1115. L’art littéraire devient donc potentiellement  la narration du vécu de l’auteur lui-même. Mais, le désir de raconter une histoire vraie se mélangera avec le souci de se conformer à la règle de la fiction qui privilégie l’imagination aux faits réels. Ce qui va donner naissance aux œuvres autofictionnelles à partir desquelles émergera le terme « Écrivain de l’art abstrait ». C’est-à-dire celui qui décrit l’émotion ou l’imagination dans laquelle il plonge devant la fascination de l’objet ou encore de l’événement qui se produit devant lui. 

Si l’abstraction renvoie au fait de « s’éloigner de », ou de « se mettre en dehors de », il n’est donc pas nécessaire de considérer que seuls les faits réels, connus de tous, peuvent figurer dans un récit autobiographique. C’est ce que l’on retrouve d’ailleurs dans les récits dits d’exil comme L’énigme du retour de Dany Laferrière ou Le néant quotidien de Zoé Valdés. Car à côté des milliers d’auteurs qui ont raconté des vécus revendiquant un réalisme, on en compte plusieurs autres qui ont raconté leur douleur personnelle, c’est-à-dire un déchirement intérieur qui se manifeste par un déséquilibre aussi bien psychologique que social. C’est le cas de ces deux auteurs que la dictature a très fortement marqués.  Et de leur expérience va découler sans doute l’hypothèse selon laquelle l’homme se subdivise désormais en plusieurs êtres minimes dotés d’un même statut. 

Ce qui permet de penser à la possibilité d’une existence « parallèle », à partir des pensées qui font vivre à l’individu une autre expérience en dehors de celle que lui permet déjà de vivre la réalité autour de lui. 

Le double du monde est un essai en cours d’écriture d’Albien Gakegni. ; ce texte en présente d’or et déjà un extrait.

« La notion du néant chez Zoé Valdés » également par Albien Gekegni, est à découvrir sur le blog de Nouvelles Vagues : https://nouvellesvagues.blog/2019/03/07/la-notion-du-neant-chez-zoe-valdes/

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