Être caissière en temps de crise sanitaire. Episode 5 : Un risque en pleine conscience.

Sara Machtou | C’est donc prendre un risque que d’aller dorénavant au travail. L’éventualité qu’un événement fâcheux arrive et cause un dommage qui serait de l’ordre de l’irréparable par la suite est grand. Pour le moment, pas de symptôme en vue. 

Je continue comme d’habitude de prendre des nouvelles de mes clients, de savoir comment ils vont, comment ils se portent. Je suis là. Une distribution de café par ci, un conseil ou remerciement par là. De mes clients ainsi que mes collègues, j’apprécie les mots de soutiens que l’on m’apporte. En vérité, c’est moi qui les remercie. 

Un don de 1000 euros. Un cadeau pour service rendu à la nation. Nous ne sommes pas dupes, l’argent incite à continuer le travail. Mais j’en apprécie le geste et bien sûr que cette somme est la bienvenue. Je ne dirais pas le contraire. Mais il est bon de savoir se questionner. Je viens au travail en risquant ma vie. Ma vie vaut-elle 1000 euros ? Non. Plus encore, le risque n’est pas individuel. Être touché soi-même c’est pouvoir toucher d’autres personnes, les miens notamment. Ceux qui tiennent une place toute particulière dans mon cœur. Ce risque vaut-il 1000 euros ? Non. Allons plus loin dans ce rapport logique. Nombreuses sont les personnes qui passent à ma caisse. Être touchée signifierait les toucher eux aussi. La vie d’inconnus vaut-elle 1000 euros ? Non. Combien vaut une vie humaine ? Elle n’a pas de prix. 

De la chair à canon, on pourrait considérer les choses ainsi. Mais cela pousserait à prendre la poudre d’escampette. A l’époque une raison de déserter pouvait être que le combattant était amené à devoir tuer. Ce n’est pas mon cas. Je ne tue pas, je sauve. Je sais que si je pars il faudra alors me remplacer. Oui, quelqu’un prendra ma place. C’est la raison pour laquelle je reste. Tant que je suis en vie et jusqu’à mon dernier souffle, je ne laisserais personne mourir pour moi. Pourrais-je trouver un sommeil serein en sachant que j’aurais un regret à avoir laissé un autre prendre ma place alors que je pouvais combattre ? Peut-être pas. D’ailleurs quel exemple je donne à autrui dans le combat pour la vie au regard de ses propres valeurs ? Vous prenez conscience que ce que vous faites dépasse votre simple tâche. Vous ne décampez pas, vous demeurez. 

Je ne suis pour le moment pas touchée, alors je continue de combattre. Dans l’endurance, je suis et je reste une battante, ad vitam aeternam.

> Episode 4 : Home sweet home.

> Episode 6 : Montre moi ton caddie je te dirais qui tu es.

2 commentaires

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s