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Barthes, Foucault, Lacan et autres plaques d’amiante à l’université

Témoignage d’une étudiante – quand les discours dogmatiques et répétitifs des professeurs de la Sorbonne deviennent lassants…

Pauline Sudriès | J’aime la fac. J’aime mes études, j’aime mes professeurs, je lèche volontiers leurs bottes en toute sincérité. J’ai peur des examens, je ne fais du bon travail qu’au dernier moment, je n’arrive plus à apprendre par cœur depuis l’école primaire, mais, je le répète avec fierté : j’aime la fac et les études de lettre.

Ce que je n’aime pas dans mes études que j’aime, c’est par exemple, puisque j’aime étudier, étudier deux fois la même chose. Ou trois fois. Ou entendre trois fois dans la même journée le nom du même auteur, dans trois cours différents, dans trois bouches différentes. Comme si mes professeurs universitaires, aux cours et aux bottes bien léchés (les bons jours), avaient tous en tête la même idée, la même pensée, le même livre, la même personne dès qu’ils affrontaient un problème intellectuel. Une personne ! Mais que dis-je, c’est un phare, un astre, une étoile, l’étoile de Bethléem éclairant le chemin bien plat, le chemin facile d’une pensée molle, prémâchée, cette pensée-compote servie même en dehors des horaires du Crous, cette soupe nostalgique mythico-structuraliste, ou post-structuraliste, ou psychanalytique ou comme vous voudrez. Au fond, je ne sais pas bien de quoi je parle, puisque toi-même, O université compotesque, non contente de m’avoir servi des Barthes, des Foucault et des Lacan tous les jours, tu ne m’en as jamais enseigné la pensée comme il faut, et tu ne m’as appris qu’à les détester. Ils sont sûrement fades et rabâcheurs, comme toi quand tu parles d’eux.

Libération Tout fou Lacan, September 11, 1981 (Image source La République des livres)La manière dont j’ai réalisé que certains auteurs prenaient vraiment plus de place que d’autres est une histoire rigolote qui vaut la peine d’être racontée. Il se trouve qu’il y a quelques mois, je m’amourachai d’un jeune homme qui avait des liens familiaux avec Jacques Lacan. Nous avons vécu une courte idylle, dont la fin a été voulue par lui, et par lui seul. A partir de ce jour, mon être se secouait tout entier à la moindre perception, visuelle ou auditive, du nom de Lacan. Eh bien je peux vous dire que j’ai été plus secouée qu’un sismomètre posé sur une machine à laver.

Ces lignes envenimées ne sont pas, mais alors pas du tout, une critique négative des philosophes, linguistes, théoriciens de la littérature ou psychanalystes que sont Barthes, Foucault et Lacan, pour ne citer que ces trois-là. Loin de moi l’idée de contredire ou même de commenter leur œuvre, ni de remettre en question leur légitimité dans l’histoire de la littérature et son enseignement. Cet article veut juste souligner ceci : on en parle trop à la fac, et on en parle mal. Et on en parle mal parce qu’on en parle trop, comme si nous vivions en 1970 et que ces écrivains-là étaient en train de faire bouger les choses. Et même si 1970 est sûrement l’année du premier cheveu blanc de beaucoup de mes enseignants, ce n’est pas une raison pour considérer que ce n’était pas il y a un demi-siècle.

Cette soupe d’écrivains servie à toutes les heures et à toutes les sauces dans nos parcours universitaires, n’est pas seulement considérée comme actuelle, cela n’aurait rien d’un crime. Ce qui est grave, c’est que cette pensée fait autorité. Elle est dogmatique. Ne lit-on pas, dans les descriptifs de tous les cursus de sciences humaines, qu’ils formeront l’esprit critique ? Que vient alors faire là ce dogme ? C’est un vrai dogme religieux, assorti d’une révérence bigote et carnavalesque pour cette farandole de penseurs, qui sont adorés pour eux-mêmes, puisque la mode est aux figures charismatiques et aux destins incroyables. Voilà comment on enferme une discipline aussi vaste, complexe et prolifique que la littérature et la théorie littéraire dans un petit système mesquin et totalitaire, qui tourne sur lui-même comme un petit manège de bois. Voilà comment on réduit des œuvres immenses à des phrases insipides. Voilà comment on dégoûte des étudiants de ce qu’ils aiment, en rabâchant à leurs oreilles les mêmes idées, qui étaient nouvelles il y a cinquante ans, qui n’ont jamais voulu être parole d’évangile et qui sont tristement devenues des slogans vulgaires comme des réclames.

Cette rengaine intellectuelle cachée partout me fait penser à l’amiante, ce matériau isolant très utilisé il y a cinquante ans à peu près, et qui, quoiqu’obsolète et reconnu comme mortel aujourd’hui, est sûrement encore présent dans beaucoup de structures. Ce discours dogmatique, qui se voudrait neuf et séduisant, infeste littéralement nos universités et empoisonne notre travail d’étudiant. Alors, ma très chère fac, un bon conseil : à défaut de créer des ouvertures, il serait temps de changer d’isolation.

Une réflexion sur “Barthes, Foucault, Lacan et autres plaques d’amiante à l’université

  1. Bel article de cette étudiante, et oui n’importe quel texte, idée, pensée peut en effet devenir dogmatique. Pour ma part qui suis dans une association Lacanienne d’analyste, en tout cas à Espace analytique, nous savons bien que lire Lacan c’est se promettre quelques maux de tête. Car Pour comprendre Lacan, il faut aller sur le divan, faire l’expérience de sa propre parole sur le divan et du coup s’entendre parler. Autrement dit cela ne s’apprend pas à l’université, certes on peut en parler à l’université, mais très vite les textes deviennent indigestes. Il faut avoir quelques références littéraire, philosophique, psychologique, et il faut surtout avoir lu Freud, Foucault etc… Après lorsque l’on est étudiant, la difficulté est de s’approprier une pensée, une réflexion des différents auteurs sans faire de contre sens, cela prend beaucoup de temps… Pour ma part, lorsque je relis par exemple des textes de Freud aujourd’hui je m’aperçois que je n’avais rien compris. Parce que là aussi il faut l’expérience clinique de l’écoute de quelques dizaines de patients. En tout cas pour la discipline qui est la mienne, la psychanalyse, ceux qui savent ce sont les patients, écouter les patients pendant de longues années et avec l’expérience, on s’aperçoit qu’ils parlent comme Lacan, Freud, winnicott…qu’en fait ces auteurs, de la parole des patients, ils en ont dégagé une théorie…

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