Mobilisation contre réformes (retraites, LPPR, CAPES) – Semaine du 27/01/20

Krollan | A la réforme des retraites, s’ajoute la LPPR et la réforme du CAPES. Pour résumer, les réformes de l’université visent à précariser les profs, à diminuer les exigences requises pour ce métier, donc baisser le niveau de nos formations. La logique économique oblige à serrer le budget de l’université, comme celui de l’ensemble du service public en général. Chaque réforme est une face d’un cube très cohérent, celui de la rentabilité. Mobilisation pour que le métier et les formations ne se vident pas de leur savoir.

L’université s’organise :

ETAPE 1 : INFORMER LES ÉTUDIANT.E.S

Les différents départements de Paris 3 convoquent des AG. Les explications qui suivent ont été donné par des enseignant.e.s d’EILA (Études Ibérique et latino-américaines, c’est-à-dire portugais et espagnol) qui ont banalisé les cours et réservé un amphi mardi 28 janvier.

Sur la réforme du CAPES…

– Réforme déjà votée. Originellement prévue pour la rentrée prochaine (2020-2021) mais grâce à la mobilisation (ex : vote de motion) repoussée d’1 an. Donc elle peut être encore plus repoussée ou modifiée.

– L’épreuve disciplinaire ne comptera que pour 1/4 de la note finale (avec un 5/20 éliminatoire). Le reste ce sont des épreuves didactiques, de pédagogie, comment être un bon fonctionnaire. Ex : un entretient sur la motivation du.de la candidat.e, sa connaissance du service public, de l’éducation, des valeurs de la République, sur savoir se positionner en fonctionnaire.

…et ses conséquences

– D’après les enseignant.e.s présent.e.s, cette réforme vise à aligner toutes les disciplines. La pédagogie est importante mais un cours peut être bien mené, s’il est vide de contenu, il n’a pas d’intérêt. Plus aucun prof ne sera vraiment spécialiste de rien si ce n’est d’animer une classe. Donc iels deviennent pluridisciplinaires et interchangeables. Cela permet d’embaucher moins de profs, qui se remplaceront les un.e.s les autres.

– Baisser le niveau des enseignant.e.s

– Alourdir l’année du M2. Le concours ne se passera plus en M1 mais en M2. Donc l’étudiant.e de M2 devra préparer ce concours, faire ses stages, son mémoire.

– Précariser les jeunes profs (puis le reste de leur carrière). Stages très mal rémunérés.

– Recruter des enseignant.e.s conformé.e.s et soumis.e.s à leur chef.fe d’établissement (de part le contenu des épreuves (ex : être un bon fonctionnaire)). Si iels ne sont plus souverain.e.s dans leur matière, iels ont moins leur mot à dire.

– Détruire la richesse de notre formation. Si le niveau du concours (qui est un des débouchés les plus courants dans nos études) baisse alors ça ne sert à rien d’être sur-préparé.e et le niveau de nos cours vont par conséquent également baisser.

– S’inscrit dans la logique du gouvernement d’accuser l’université d’être trop théorique. Mais sans théorie la pratique n’a rien à pratiquer. Donc même si on ne veut pas passer le CAPES la réforme remet en cause l’ensemble du contenu de notre formation.

Sur les statuts des enseignant.e.s à l’université

  • Professeur.e et Maître de conférence = CDI
  • Lecteur.e → CDD pour 2 ans
  • ATER (Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche) → CDD pour 1 an
  • Contractuel.le
  • Chargé.e de cours → vacation, payé à la fin du semestre (et souvent en retard) (cf : les affiches partout dans la fac depuis quelques jours)

Donc soit c’est stable et mal payé, soit c’est précaire et aussi mal payé.

Sur la LPPR (Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche)…

Projet confié par Philippe à Vidal en février 2019. Élaboré par 3 groupes de travail ne comportant aucun.e représentant.e des sciences sociales mais des managers comme celui.celle de l’Oréal (« Que fait-iel là ? », « Quels sont ses intérêts ? » sont des questions que l’on doit se poser). Les 3 groupes de travail ont rendu leur rapports le 23 septembre 2019.

… et ses conséquences

– Version empirée de loi 2009. Ça commence de la même façon à savoir une attaque au concours. En 2009, une réforme voulait qu’une fois le CAPES obtenu les jeunes diplomé.e.s se retrouvent jeté.e.s directement dans une salle de cours. La mobilisation avait permis de préserver une formation disciplinaire mais 10 ans après on assiste à une nouvelle tentative de destruction du métier. Le raisonnement reste le même car les piliers du pouvoir restent les mêmes.

– Précarisation des enseignant.e.s avec des contrats à court terme. Grave répercussion sur les étudiant.e.s qui n’auront en face d’eux.elles que des équipes bancales qui ne se connaissent pas et sont en compétition donc moins de projets à long terme, moins d’enseignant.e.s vraiment investi.e.s. Mais aussi moins de cohérence dans les maquettes. Des enseignant.e.s encore plus débordé.e.s donc moins de temps pour les étudiant.e.s.

– Actuellement les enseignant.e.s font 192h de cours par an (sans compter la préparation des cours, l’administratif et la recherche) et si iels en font plus c’est payé en heure sup. Mais ça va disparaître.

– Les cours sont plus ou moins importants. On le voit au nombre d’ECTS qui leur sont accordés. Actuellement, ça n’a aucune répercussion sur le salaire de l’enseignant.e. Mais la réforme prévoit de les payer plus ou moins selon l’importance du cours. Donc encore plus d’animosité et de concurrence entre collègues. 

– D’après la LPPR : vieille.vieux = inutile pour la recherche (en vrai c’est le contraire). Donc la réforme prévoit qu’à partir d’un certains âge (pas encore défini) on ne soit plus apte à faire de la recherche, « seulement » à donner des cours. Ainsi, les recherches ne seront plus encadrées par des expérimenté.e.s.

– Actuellement pour enseigner à l’université il faut que le CNU (Centre National des Universités, instance nationale et élue) examine la thèse et décide si la personne est qualifiée pour être maître de conférence ou non. Mais cette phase d’examination coûtant askip trop chère la réforme souhaite la supprimer. Réservant l’examination aux facs et labos eux même, donc au bon vouloir du président de l’université.

Dépendance aux sponsors. Les facs, ayant de moins en moins d’argent, devraient faire appel aux banques. Mais on peut moins tirer profit des sciences humaines que d’autres sciences (ex : médecine, ou physique, on peut en tirer des brevets commercialisables). Donc les facs comme la notre devront faire appel à des sponsors. Ces derniers vont décider des sujets des recherches menées (réduites à des promotions de la marque). Donc soit la recherche disparaît, soit elle est instrumentalisée.

ETAPE 2 : ETRE PAS CONTENT.E.S

Etape légitime mais inutile en soit. Objectif : vite utiliser cette colère pour passer à l’étape suivante.

ETAPE 3 – EN TANT QUE PROF : BLOQUER LE MINISTÈRE

Dans le département EILA de P3, les profs ont voté la rétention des notes. Iels organisent des consultations de copies pour que les étudiant.e.s puissent connaître leurs notes et prendre en photo leurs devoirs. Mais iels conservent les feuilles et ne rentrent pas les notes dans la machine. Ainsi c’est un blocage administratif qui ne peut embêter que le ministère. Des solutions au cas par car seront trouvées pour les étudiant.e.s ayant besoin d’un relevé de notes pour renouveler un visa, candidater à ERASMUS, ou pour leur travail. 

Iels ont organisé un flashmob pour rendre visible les revendications, une foule de gens qui dansent ça attire l’œil  :

« J’rêvais d’une retraite A taux plein et solidaire L’Élysée fout tout par terre ça me rend vénère Ma fac elle est belle Cours surchargés plein de précaires On en a ras-le bol on dit Pas de rentrée LPPR Vidal tu nous mets en colère La recherche privatisée On en veut pas Oh Macron Ton mépris Est immense Quand tu nous dis «Je vais vous sucrer vos retraites. Prépare-toi à la guerre Quel est donc ce chant que l’on entend là Mais c’est Macron qui veut assassiner nos retraites C’est nos pensions qui vont être réduites en miettes Et le gouvernement doit battre en retraite Tous ensemble, on va leur faire la guerre Mais c’est Vidal qui veut assassiner la fac C’est nos postes qu’elle a pris en otage C’est la précarité qui nous ravage Maintenant, nous sommes en rage » 

D’autres facs (ex : Paris 7) ou d’autres sites de Paris 3 (ex : IHEAL) sont en grèves. 

Des profs de Paris 3 (ex : le département de cinéma) réussissent à lier leur matière à l’actualité proposant des cours alternatifs ouverts à tou.te.s.

ETAPE 3 – EN TANT QU’ÉTUDIANT.E

Discuter de tout ça avec nos proches et les autres étudiant.e.s pour qu’iels sachent ce qui les attend. 

Aider à l’organisation des cours alternatifs et d’autres espaces de discussions. Avec le département EILA on va essayer de faire des cours ouverts en extérieur. 

Utiliser nos talents, et nos savoirs, en réalisant des banderoles, des danses, des vidéos militantes. 

On peut aussi profiter des cours ouverts :

ETAPE 3 – POUR TOUT LE MONDE, WAOUH C’EST GÉNIAL ON EST UNI.E.S !

 Prendre chaque occasion comme une opportunité de visibilisation. Par exemple, samedi 1er février à l’occasion des Portes Ouvertes, des affiches dénonçant la situation de la fac étaient placardées, des étudiant.e.s informaient les lycéen.ne.s et des profs ont réalisé un flashmob. (C’est d’ailleurs à ces mêmes Portes Ouvertes que j’ai rencontré deux lycéennes de Créteil qui m’expliquaient que des manifs partaient de leur établissement jusqu’au rectorat !)

Donner de l’argent aux caisses de grèves, selon nos propres moyens, pour que la grève continue. Il y a des cagnottes en ligne ou des tirelires pendant les manifs. 

 Aller en manif. Des cortèges se forment au départ de Censier puis rejoignent d’autres cortèges universitaires et on se rend ensemble au point de rendez vous officiel. C’est un moyen simple de rendre visible une lutte. Celle pour les universités et celle pour les retraites. Mais aussi contre le mépris des ministres et la réforme du bac, « Mensonge, mépris, austérité : Jean Michel [Blanquer] a choisi ses trois spécialité » scandent les profs de lycée. Sans oublier les égoutier.e.s qui dénoncent leur condition de travail taguant sur les plaques d’égout « Ici on crève ». On ne sait plus où donner de la tête et c’est bien triste. Ces luttes sont amèrement complémentaire, les réformes obéissent toutes à une même logique de rentabilité, de privatisation, d’individualisation et de précarisation. 

 « Pour l’honneur des travailleurs et pour un monde meilleur » nous étions nombreux.euses à battre le pavé mercredi 29 janvier. Non seulement les étudiants (P3, P6, P8, Art en grève, Sciences Po…), les syndicats (CGT, Solidaires…), les travailleur.euse.s (de la santé, les égoutier.e.s, les enseignant.e.s, les cheminot.e.s…). Mais également des collectifs qui se définissent plus par leur identité que leur métier (queer, anti-colonialiste…). 

photographie : Angèle Vetteorello / @angele_vtrl
photographie : Angèle Vetteorello @angele_vtrl
photographie : Angèle Vetteorello @angele_vtrl

Reprendre une référence populaire et en faire une arme politique.

Comme le soulignait Camille Belot pour la dernière capsule « En grève ! » de Nouvelles Vagues, il faut inventer de nouveaux moyens d’action. L’heure semble être aux flashmobs s’ajoute à celui des profs de Paris 3 les avocat.e.s :

On m’a également parlé d’un cortège de gens habillés en rouge portant un masque de Macron, une énorme banderole « La casse du siècle » et chantant un cover de Bella Ciao (avec des paroles contre la réforme des retraites). Une claire référence à La casa de papel mais aussi au chant partisan italien contre le fascisme de 1945. Ce cortège était bien organisé et s’arrêtait toutes les 20min pour chanter.

Tu te dis peut être que danser et chanter contre la misère est profondément ridicule. Pourtant, les passant.e.s et autres manifestant.e.s s’arrêtent, et s’intéressent beaucoup plus à ses cortèges artistiques qu’aux autres. Et surtout voir des gens heureux et participer de cette ambiance, ça fait du bien. Tout simplement. Le moral c’est si important !

photographie : Angèle Vetteorello @angele_vtrl

Quand j’entend Jean-Michel Blanquer expliquer sur le plateau de France Inter qu’on focus trop sur ce qui va mal, qu’à cause de « l’effet loupe » on a l’impression que le peuple est contre les réforme mais que ce n’est qu’une impression. Moi j’ai vraiment l’impression que les élu.e.s sont déconnecté.e.s de notre réalité. Alors rendons visible notre réalité. Gueulons-leur notre réalité ! Qu’iels ne puisse plus détourner le regard avec tout le mépris qui les caractérise !

Oh.. j’oubliais un détail. Vous avez remarquez que les sacs poubelles s’entassent devant la fac, et dans Paris en général ? Les incinérateurs de la capital sont en grève contre la réforme des retraites. Ce serait sympa que le gouvernement annule cette réforme car sinon : vive les rats et les maladies !

CES COMPTES RENDUS NE SONT ÉVIDEMMENT PAS EXHAUSTIFS ET PEUVENT ÊTRE COMPLÉTÉS. SI TU VEUX Y PARTICIPER ENVOIE NOUS UN MAIL À JOURNALPARIS3@GMAIL.COM

1 commentaire

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s