Texte par moi – vivre et laisser vivre

Krollan | En 2021, appelle-moi Krollan Névert. J’affronte mes peurs.

Janvier – l’annonce : https://nouvellesvagues.blog/2021/01/28/un-texte-par-moi/  

Février – nullipare : https://nouvellesvagues.blog/2021/03/04/un-texte-par-moi-nullipare/

« C’est à ton tour de témoigner ahah ! » C’était la deuxième à me faire cette blague. Iels croyaient que j’étais incapable de m’exprimer devant une assemblée, ou simplement que je n’avais rien à partager ? Je participais à une marche. « Tenir parole » en était le thème. De temps en temps, le groupe s’arrêtait et, assis en cercle, écoutait un orateur témoigner de ses engagements. C’était il y a des années. Pourtant je me disais déjà : “Moi aussi j’aurais pu. J’aurais pu être oratrice et parler de toutes les responsabilités. Cette charge si lourde que personne ne m’a jamais demandé d’assumer.” 

Ci-joint une petite anecdote, afin que nous constations l’ampleur des dégâts : 

À travers la fenêtre du train, je remarque que le paysage est gelé. C’est magnifique. J’ai envie de le signaler à l’inconnu assis à côté de moi, qu’il puisse admirer. Je n’en fais rien car pas envie qu’il me tape la discut… Ouaah ! Des flamands roses sauvages apparaissent. Il faut qu’il les voit. Allez mec, tourne la tête, allez. Il n’a pas tourné la tête. Je n’ai pas osé lui proposer de le faire. Je l’ai privé de ce moment de bonheur. Ce n’est pas ma faute s’il n’a pas vu les flamands roses. Mais j’avais le pouvoir de changer ça, et je ne l’ai pas fait. 

À partir de cet exemple pratique, passons à la théorisation : 

Je me sens responsable du malheur des autres. Au sens où, bien que je n’en sois pas la cause, je devrais savoir répandre des paillettes biodégradables dans leurs vies. Alors je m’invente des responsabilités. Un message, un appel, une carte postale pour leur rappeler leur omniprésence dans mes pensées. Un « bonjour », un sourire dans le regard pour les inconnu.e.s de la rue. Les cours d’espagnol, la garderie, l’aide aux devoirs, le service civique, la plantation de poireaux et la récolte des olives, l’interprétation d’une conférence d’ergothérapie, le nettoyage d’un terrain vague, le partage d’un repas avec quelqu’un qui n’a rien mais alors rien demandé, l’intégration de la rédaction d’un journal, je veux tout faire. Je veux tout donner. 

Ma grand-mère me dit que j’ai toujours besoin d’être rassurée car je n’ai pas confiance en moi. Elle se trompe. Je crois en moi plus que n’importe qui. Mon frère quant à lui me conseille d’arrêter de me prendre la tête et de m’en battre les couilles. Je refuse de me contenter de la médiocrité, je sais que je suis capable de mieux. Cependant, trop nombreux sont les moments où je pense : « Mais meuf, un peu de volonté putain. » car la fainéantise est mon état principal. Ce n’est pas comme ça que je vais participer à l’amélioration du monde. Devant mon incapacité à être plus solide, plus endurante et plus présente je me sens faillir à mon devoir. Je ne culpabilise pas, je ne regrette jamais, je suis simplement là et je ne suis pas assez1.

« Quand il y a trop de flemme. » « Moi j’veux juste que tout baigne. » Thélia

Je conçois la vie comme une fête que j’aurais organisée et où tou.te.s doivent s’amuser. Lorsque l’on m’expose un problème, je l’analyse, cherche des solutions et les planifie : je le fais mien. Être indispensable est un but inconscient et malsain. On en est au point où je me sens responsable de la maladie des gens. Enfant, je croyais que ma présence pouvait apaiser et mon simple contact guérir. C’est triste de se rendre compte de cette absence de contrôle. Mais j’croyais quoi j’suis pas un X-men. Comment ai-je pu croire que j’avais remède à tout ?

« Si je pouvais je vivrais seule, loin des problèmes et des dilemmes. Si je pouvais je vivrais seule, loin de mes chaînes et des gens que j’aime. » Lous and The Yakuza

Avec mon backpack, je veux traverser les océans et grimper les cordillères ; fleurir de tant de rencontres. Bouger, tout le temps, partout. Mais les racines sont ailleurs. Je vis loin des personnes que j’aime. Rien n’a de sens sans elles. Et s’il se passe quelque chose ? Il se passe déjà quelque chose et ce n’est pas en rentrant que je changerai quoi que ce soit. Les gens sont tristes, les gens sont malades, les gens meurent ; même les gentils. 

Infos complémentaires : 
1. https://www.youtube.com/watch?v=_aENELHUecA

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